Cheyrou, le non-bleu

Pour ce tout premier billet d’humeur, je m’apprêtais à me réjouir de la convocation de l’étincelant Bruno Cheyrou dans le groupe des Bleus. J’allais vous dire que Raymond Domenech avait enfin compris cette évidence : le Marseillais est l’un de nos tout meilleurs footballeurs actuellement. Un type capable aussi bien de récupérer des ballons (comme Toulalan à Lyon), de jouer long (comme Iniesta au Barça), court (comme Gourcuff à Bordeaux), de frapper et marquer à l’extérieur de la surface de réparation (comme Lampard à Chelsea) et de courir pendant des heures sans jamais s’époumoner (comme  Scholes à Manchester).

En somme, un super joueur, que les Anglais qualifient de « Box to Box » :  c’est à dire que l’on retrouve au cours d’une même partie, avec une assiduité identique, à l’entrée de ses propres 18 mètres comme à celle de la surface de réparation adverse. Bruno Cheyrou, c’est en quelque sorte notre Steven Gerrard Français. Ces joueurs-là vont d’un camp à l’autre en apportant autant offensivement que défensivement. Et en regardant la liste des milieux de Domenech, je n’en vois pas un qui possède une balance à ce point équilibrée. En gros il y a les bouchers pour jouer récupérateurs (Toulalan, Diarra A., Diarra L., Cissokho M., Diaby), et les créateurs pour jouer en soutien des attaquants (Gourcuff, Malouda). Et pour faire le lien ?

Ce cher Raymond privilégie sa vision binaire d’un football qu’il divise en deux mondes : celui des « défensifs » et celui des « offensifs ». D’ailleurs, en 2006, n’avait-il pas mis Franck Ribéry dans la case « attaquants » lors de la diffusion de la liste officielle pour le mondial ? Car Raymond Domenech, c’est connu, adore montrer aux journalistes qu’il joue avec plein de monde devant. Mais au final, le sélectionneur à une nouvelle fois fermé la porte à Cheyrou, que certains surnomment maintenant « le non-Bleu ».

Les clubs Français en forme européenne

 

Heureusement pour lui, le cadet des Cheyrou s’est éclaté à Marseille lors d’une victoire 6-1 face au FC Zurich. La dernière victoire des Marseillais sur ce score remonte à 1993, en phases de poule, contre le CSKA Moscou. Un signe pour l’OM, qui avait gagné la coupe d’Europe cette année-là ? Sûrement pas. Pour moi les joueurs de Deschamps sont condamnés à la troisième place dans ce groupe qui sent l’arrangement à plein nez entre les deux amis mastodontes du Real Madrid et de l’AC Milan. Les quatre points cordialement accordés au Lombards par les Merengue ont dû amortir un peu le transfert de Kaka. Ok, Cristiano Ronaldo, blessé à la cheville, n’est plus le même qu’il y a un mois.

Mais vous avez vu la différence entre les prestations du Real, détonnant face à l’OM (3-0) et apathique contre Milan (2-3) ? Les Marseillais sont les dindons d’une farce dans laquelle les deux géants européens vont encore prendre trois points chacun à Zurich. Même avec un tableau quasi-parfait, et dix unités au compteur, l’OM serait éliminé au goal-average. A moins de faire exploser Madrid 4-0 ou 5-1 au Vélodrome ? Ce genre de scénario n’est pas à exclure… Un soir de folie au Vélodrome, poussés par le Mistral, les Phocéens peuvent tout à fait rendre fous les Madrilènes à la défense parfois douteuse.

 

Il y a en revanche un groupe où les retrouvailles entre deux ténors pourraient faire une victime de premier choix. Celui du Barça et de l’Inter. La rivalité Eto’o-Ibrahimovic qui ont croisé leurs chemins respectifs, et leur ego surdimensionné, ne laissent aucune place aux calculs d’épicier. Je suis presque sûr que le Barça-Inter à venir sortira l’un des deux de la course aux huitièmes.

Et là, je repense aux déclarations de Mourinho, le charismatique coach Milanais, ex-adjoint de Van Gaal au FC Barcelone, en début de saison : « L’Inter et moi-même avons réalisé l’opération de l’été, et même l’affaire du siècle. On a vendu Ibrahimovic au Barça contre Eto’o + Hleb + 50 millions d’Euros. Mais pour moi Eto’o ne vaut pas un centime de moins que Ibra. C’est un coup à 100 millions d’Euros que nous venons de faire ! ». J’ai vraiment hâte de voir ce match qui sent la poudre et qui n’aura rien à voir avec le piteux 0-0 de l’aller. La seule bonne nouvelle pour les Espagnols et les Italiens, c’est qu’une rivalité historique existe aussi entre les deux autres protagonistes du groupe. Les Ukrainiens de Kiev, encore en course, joueront forcément le jeu face aux Russes du Rubin Kazan.

Pour finir, je vais rendre hommage à deux équipes françaises, Lyon et Bordeaux, déjà qualifiées pour le tour suivant, après quatre matches. Il y a deux mois nous comptabilisions le passif des clubs français face à Liverpool et au Bayern Munich. Dans nos colonnes, on cherchait la trace des buts inscrits par nos représentants à Anfield. On racontait la finale d’UEFA perdue par les Girondins en 1996 face aux Allemands, 20 ans après les Verts. Mais en deux semaines, Bordeaux et Lyon ont pris dix points sur douze face à leurs adversaires germano-britanniques. Avec une maîtrise incroyable.

Bordeaux a battu Munich à l’aller comme au retour. Seul Paris l’avait fait en 1994. Je réponds à ceux qui prétendent que Munich aurait dû bénéficier d’un penalty que Bordeaux en a raté deux. Je constate que Lyon a marqué deux buts dans les derniers instants, là où, dans le passé, ils avaient craqué, comme à Milan en 2007. Les équipes françaises ne jouent plus le rôle de la victime consentante. Désormais ils endossent le costume du tueur en série, implacable, qui commet ses méfaits avec sang froid.

 

On constate que Manchester n’est plus aussi serein (mené à domicile contre Wolfsburg et Moscou, avant de revenir), Liverpool est déjà quasiment éliminé. Cheslea est solide, mais sans génie. Arsenal est génial, mais inconstant. Barcelone et le Real peuvent sortir prématurément de la compétition, un truc inconcevable il y a deux où trois ans. Les quatre Italiens pourraient bien se qualifier. Mais sincèrement, les clubs français ont-ils quelque chose à leur envier ? A en croire OM-Milan (1-2), Juventus-Bordeaux (1-1) et Lyon-Fiorentina (1-0), le niveau des formations issues de ces deux nations se vaut.

 

Ce qui me fait penser qu’on va avoir droit à une Ligue des Champions qui ressemblera à celle de 2004, pleines de surprises. Cette année-là, le dernier carré comptait Chelsea, La Corogne, Monaco et Porto, futur vainqueur.

 

Cette édition débouchera t-elle sur des demi-finales Bordeaux-Arsenal et FC Séville-Juventus ?

Cédric DROUET  

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site