Le cas Anelka

Avec le footballeur moderne, il faut parfois savoir lire entre les lignes. Déchiffrer les messages, décrypter les non-dits. Ecarter la figure imposée par l’attaché de presse. Ne retenir que la substantifique moelle d’une pensée susurrée à voix basse par le joueur aveuglé par les crépitements des appareils photos, intimidé par les caméras, planqué derrière les micros. Comme un lapin apeuré, pris dans le faisceau des phares d’un véhicule situé juste en face.

 

Les conférences des Bleus tournent souvent au Cluedo pour deviner qui sera titulaire, pourquoi, pourquoi pas, qui est blessé, ou diminué. L’énigme consiste à déceler l’idée d’un malaise au sein du groupe, par une manière d’interrogatoire en règle que certains journalistes aimeraient poursuivre à coups d’annuaires dans la tronche tant les suspects manient la langue de bois.

 

A défaut de Pages Jaunes, et angoissés par la page blanche, les plumitifs prêchent alors le faux. Parfois, ça marche. Thierry Henry, en bon capitaine de bord, est alors mandaté pour intervenir chez Laurence Ferrari, au 20 Heures, pour assurer qu’aucun clash n’a bouleversé la quiétude du vaisseau Bleu.

 

Avant la Serbie, il y a deux mois, Maître Titi s’invita donc sur TF1 pour assurer n’avoir jamais pris à parti son sélectionneur devant les autres joueurs. Une taupe tricolore l’avait pourtant anonymement dénoncé d’avoir répondu à Domenech, qui titillait ses poulains : « Coach, au nom du groupe, j’ai quelque chose à vous dire. Nous aussi on reste sur notre faim, on s’ennuie à vos entraînements. Depuis douze ans que je suis en équipe de France, je n’ai jamais vu ça. On ne sait pas comment jouer, comment s’organiser. On a aucun style, aucune idée directrice, aucune identité ».

 

Depuis cet incendie publiquement éteint par Henry himself, c’est Silenzio Stampa pour les Bleus. Sommés de répondre par Oui ou Non. Mais Nicolas Anelka, buteur samedi à Dublin, n’est pas qu’un héros. C’est aussi un rebelle. Il a appris a canalisé ses sautes d’humeurs qui lui ont déjà fait manquer trois coupes du Monde (1998 avec Jacquet, 2002 avec Lemerre, 2006 avec Domenech, déjà).

 

Mais Anelka est un cas. Il ne peut s’empêcher de dire la vérité. Morceaux choisis : Sur la première période, d’abord : « Titi et moi avons senti qu’on devait jouer plus bas pour toucher le ballon, c’était la seule chose à faire ».

On lui demande si jouer plus à l’aile en seconde période était une consigne du coach. « Non, c’est moi. On est sur le terrain, on sait ce qu’on a à faire. On voit ce qui se passe, on analyse, on fait ce qu’il y a de mieux pour l’équipe ». Sur sa lancée, Nico ajoute : « En restant en place, je n'aurais pas touché le ballon. J'ai été obligé de dézoner pour créer le décalage. Si je reste à droite, je ne sers à rien. C'est avoir un minimum d'intelligence sur le terrain de vouloir faire quelque chose ».

 

On jurerait qu’Anelka crédibilise tacitement la version serbe de septembre dernier, qu’Henry s’est donné tellement de mal à dédramatiser. Avec les sous-titres, cela pourrait donner : « c’est Thierry Henry et moi les tauliers, on décide de tout. Personne ne nous dicte notre conduite sur le terrain. Et c’est mieux parce que le coach manque d’intelligence et ne sait pas analyser ce qu’il y a de mieux pour l’équipe ». Avec le footballeur moderne, il faut parfois savoir lire entre les lignes.

 

Cédric DROUET

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