OL - OM (5-5) : Une place au soleil

Une piste aux étoiles, une pluie de buts, Canal + a diffusé du rêve en barre, hier soir, à ses abonnés. Quel cadeau, 25 ans, jour pour jour, après le premier match proposé en direct par la chaîne cryptée, un certain Nantes – Monaco  (1-0).

Ce Lyon – Marseille est une cerise tombée à pic sur le gâteau que Canal paye à la LFP plus de 600 millions d’Euros annuels. Symboliquement, ses dirigeants n’avaient convié que des spectateurs nés en 1984 pour assister à cette soirée, qu’ils ne savaient pas encore légendaire, sur le plateau du Canal Football Club. Facebook n’existera plus depuis bien longtemps, que ces jeunes raconteront encore à leurs petits-enfants comment Toulalan trompa Lloris au bout d’un temps additionnel qu’on espérait infini.

Car 5-5 est un score que même les cinquantenaires actuels n’avaient jamais connu en Ligue 1 (*). Eux se souviennent sans doute, en revanche, du mythique Marseille-Forbach, un soir d’avril 1963, disputé au Vélodrome devant la plus faible assistance de l’histoire phocéenne en première division : 434 spectateurs officiels. Sur le Vieux Port, on raconte que des milliers de Marseillais prétendent aujourd’hui exagérément avoir vu la rencontre dans le stade.

Hier, ils étaient 30 018 à Gerland. Dans plusieurs décennies, bercés par ce charme fou qu’a la mémoire collective de déformer les vérités et embellir les souvenirs, ils seront des millions, place Bellecour, à déclarer : « J’y étais ». L’espace de deux heures, Lyon l’austère, Lyon la délaissée médiatique, Lyon la pragmatique s’est hissée dans l’excès de Marseille l’exubérante. Une nuit bouillante a rapproché deux villes que tout oppose par l’un de ces irrationnels mystères que seul le foot pourrait élucider, peut-être.

Les deux équipes n’auraient pas pu faire plus, ni mieux, pour inscrire ce match dans l’histoire. Les vingt-deux acteurs ont échappé au diktat des considérations tactiques pour se partager deux points fabuleux. L’intensité dramatique du combat d’hier relégua le Haye-Valuev de samedi au rang de simple baston de cour de récré. Il coupa le souffla le même jour qu’un Chelsea - Manchester à se couper les veines d’ennui, dans une comparaison atroce : si l’on éditait deux DVD de ces sommets respectifs, OL-OM plongerait inéluctablement la Premier League anglaise dans la pénombre d’un rayon « polars de Série B ».

Ce matin, dans un élan mondial qui commémore le vingtième anniversaire de sa propre chute, le mur de Berlin repose en paix, dans l’ombre de l’actualité sportive, irradiée par un OL-OM de feu. Didier Deschamps, épisodiquement métaphorique, a beau déplorer la faiblesse des deux défenses par la fermeture « des péages sur l’axe Lyon – Marseille ». Pour ceux qui ont l’habitude de l’emprunter, jamais l’A7 n’aura aussi bien porté son surnom « d’Autoroute du soleil »…                     

 

Cédric DROUET 

 

(*) Le dernier 5-5 en date remonte à Nice – Lille 1957. 

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