Un Merkapo d'hiver sans saveur

Une belle dinde fourrée pour prendre des forces, un réveillon arrosé du jour de l’an et quelques matches de FA Cup pour garder la main chaude (élimination de Manchester par Leeds, tout de même !)… Après quinze jours de coupure, le foot reprend ses droits pour notre plus grand plaisir. 2010 démarre par la tradition annuelle du Mercato d’hiver.

séance de rattrapage pour les dirigeants dépités par leur recrutement estival et les résultats décevants qui ont suivi. Il est question de gros sous, de bonnes affaires, de perles rares à dénicher. Des rumeurs surtout, avec des noms ronflants annoncés partout : « Mancini intéresse l’OM », à condition que « Valbuena soit prêté au PSG ou à Monaco ». Tout ça pour arriver, on le sait tous, à la conclusion suivante sous couvert du jeu de mots douteux faisant office de marronnier : « OM : Ben Arfa parti pour rester ».

Car la vérité est plus sinistre que les choux gras de la presse : le Mercato d’hiver accouche rarement de vrais transferts à sensations. Christian Vieri à Monaco (2006), Marcelo Gallardo au PSG (2007), Djibril Cissé (2008) et Brandao à Marseille (2009) sont les dernières transactions juteuses en Ligue 1. En y regardant de plus près, aujourd’hui, je me régale devant le fil info transfert des sites spécialisés : « 12h30 : Adnane prêté à Evian ». Puis, « 12h40 : Aït-Bahi est Nîmois ». Ou encore, « 14h32 : le CSKA Moscou s’offre Doumbia ». Sans blague ?

Tout fout le camp, même les adeptes de l’instabilité chronique ne jouent plus le jeu du déménagement permanent :  Jérôme Leroy est gravé dans la roche à Rennes, depuis trois ans, comme Stéphane Dalmat à Sochaux. Ah, attendez, je vois quelque chose d’intéressant : « 14h08 - Olivier Kapo : je quitte Wigan ». Enfin, la sempiternelle interview du joueur déprimé par une situation précaire et un statut de remplaçant. Pour faire court, il se sent bien mais n’a pas la confiance du staff, et le vilain président lui a bloqué le départ l’été dernier, juste pour l’embêter. Et Kapo n’en peut plus, seule solution, un départ.

Appels du crampon à tous les clubs de Ligue 1 (qu’il a snobée depuis dix ans) désireux d’engager l’ancien grand espoir du foot français (un de plus) sur le retour. Propos clichés, morceaux choisis : « Mon départ est imminent », et une histoire à faire pleurer dans les chaumières : « Quand j’ai signé, je suis resté trois mois à l’hôtel, je me sentais mal », avant l’erreur fatale : « Un agent m’a informé de l’interêt de Sunderland, je l’ai écouté, personne ne m’a jamais pardonné ici ». Et Kapo d’être placé en quarantaine : « j’ai l’impression qu’on veut me faire payer. C’est difficile mais ça me donne la rage ».

Boulogne serait intéressé. Sauver une équipe décrochée à trois points du Mans, avec un match en retard, et obtenir le maintien. Voilà un bon challenge pour un joueur pétri de talent qui voudrait enfin prouver qu’il a réellement les qualité qu’on lui prête. Le hic ? Kapo temporise, joue la montre, et on sent bien qu’entre les lignes, l’attaquant vise mieux que les batailles de boules de neige du stade de la Libération : « Contrairement à ce que j’ai lu, je n’ai jamais dit que je n’étais pas intéressé par Boulogne ».

Une façon polie d’éconduire les Nordistes, provisoirement du moins. « Il y a Portsmouth qui s’est positionné, mais ils ont des problèmes de sous », développe Kapo avant de se contredire en pariant sur un retour dans l’Hexagone : « Rien est fait mais ça sera sûrement dans un club français ».

Calmons le jeu. Inutile de s’acharner sur un joueur symbole de toute une génération de footballeurs qui cherchent davantage le profit financier que l’amour d’un maillot et qui privilégient le statut médiatique au simple plaisir de jouer. Le Mercato d’hiver sera une nouvelle fois le théâtre de quelques transferts sans saveur.

Qui sortira gagnant ? Les clubs, renforcés ? La presse, alimentée ? Les joueurs, revanchards ? Ou tout simplement les agents, renfloués… Vivement que la Coupe de France reprenne le 10 janvier. Du foot, du vrai. Parce que les questions existentielles de la trêve des confiseurs, ça devient usant.

C. Dr.

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