Chelsea - Inter Milan (1-2) : Pas de Blues pour Mourinho

Le « Special One » fête son retour à Stamford Bridge dans l'effervescence générale. Chelsea n'a pas oublié José Mourinho, qui a donné au club deux de ses trois titres de champion d'Angleterre (1955, 2005, 2006).

 Pour le coach portugais de l'Inter Milan, ces retrouvailles ne seront pas précédées d'une émotion exagérée : « Je me suis déjà retrouvé dans cette situation. Avec Chelsea, j'ai affronté Porto deux ou trois fois, Barcelone trois fois. Quand j'ai signé à l'Inter, on est tombé sur le Barça, encore. C'est devenu une habitude pour moi d'affronter mes anciennes équipes, Chelsea était le chaînon manquant (Mourinho a été adjoint à Barcelone (97-99) puis entraîneur de Porto (2002-2004), ndlr) ».

Le « Mou » a même préparé minutieusement ce match pour éviter de se laisser submerger : « Je suis déjà revenu voir un match, des gens que je connais. Comme ça, le moment venu, je ne serai pas envahi par l'émotion, je serai prêt ». Reste qu'il a laissé une impérissable trace dans les mémoires du sud-ouest londonien, prêt de la station de métro Fulham Broadway.

 Des piliers du vestiaire comme John Terry ou Franck Lampard ont souvent fait payer aux successeurs du Portugais (Grant, Hiddink ou Ancelotti) leur déficit de charisme par rapport à leur ex-mentor. Didier Drogba l'a même avoué : « Quand il est parti, j'ai pleuré ». Plutôt rare chez un joueur, cet attachement immodéré découle d'un mélange d'admiration, de filiation et du respect de l'homme. Patrick Vieira, par exemple, n'a jamais été dans les petits papiers de Mourinho à Milan. Pourtant, là où il aurait fracassé un autre coach, le champion du monde 98 a adoubé le technicien de Setubal : « Avec lui, tu sais où tu vas, tu sais ce qu'il attend de toi ».

Direct, franc, Mourinho sait aussi rester fidèle aux joueurs qui lui ont permis de devenir l'autoproclamé « Special One ». La forte colonie portugaise du Chelsea FC (Deco, Paulo Ferreira, Carvalho) transfuge du grand Porto des années 2000, en sait quelque chose. Ce qui inspire une crainte à un Mourinho vainqueur à l'aller (2-1) à Milan : « Je connais mes anciens joueurs, mais eux me connaissent par cœur aussi. Ma façon de diriger, de penser... Ils n'ont pas de secrets pour moi, mais l'inverse est vrai. L'avantage s'annule ».

Quant à l'environnement, comparable à la folie qu'a provoqué Beckham à Manchester la semaine dernière, le Portugais n'en fait pas une montagne : « C'est encore un peu chez moi. Ca l'a été pendant trois ans et demi. Mais ce qui est bien, c'est qu'entre les vestiaires et le banc, il n'y a que cinq mètres. Je n'aurai pas à marcher, à traverser le terrain et ressentir la pression du public ».

 Habituellement excité par les joutes médiatiques, Mourinho a adopté une stratégie en deux temps : d'abord, il a dépassionné son retour depuis le tirage au sort. Puis, lors des dernières heures, il a fait monter la sauce. Le gourou intériste n'a pu s'empêcher d'envoyer quelques piques envers Carlo Ancelotti : « Peu de choses ont changé depuis mon départ. Même l'échauffement d'avant-match est le même. La façon de défendre sur coups de pied arrêtés aussi. Mais un grand entraîneur ne doit pas tout chambouler quand il prend un groupe en main. Alors je suppose qu'Ancelotti est très un grand entraîneur ».

Pas le genre à faire des sentiments, le Mou ? « Ce qui serait spécial pour moi, ce serait de passer ce tour. Avant la partie, et après, je vais connaître tout le monde. Mais pendant 90 minutes, je ne connaîtrai personne ! ». Le coup d'envoi du match retour approche, et Mourinho, comme à son habitude, attise les esprits ave son ironie naturelle : « L'important entre Chelsea et moi, c'est ce qu'on ressent l'un envers l'autre. Pas d'animosité, pas de problème, juste du respect. Je suis passé à autre chose, ils sont passés à autre chose. J'ai tourné la page, ils ont tourné la page. J'ai continué de gagner des titres importants, ils ont gagné... Ils ont gagné... Une FA Cup ? (éclat de rires dans la salle, ndlr) ».

Il fallait s'y attendre. Mourinho est ainsi fait. L'odeur du sang, il en rit. Les sentiments, il s'en tape. Et s'est aussi pour ça qu'on l'aime. Ou pas.

Cédric DROUET

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site