Genoa-Sampdoria (3-0), un derby tout show...

Ce week-end, Barcelone-Real Madrid et Arsenal-Chelsea ont retenu l’attention des amoureux du foot. Un autre match européen valait pourtant le détour. Le derby de la Lanterne, celui de la ville de Gênes, deuxième port le plus important du continent après Marseille. Entre le Genoa et la mythique Sampdoria se joue bien plus qu’une suprématie locale ancrée dans les veines maritime d’un empire qui connut son apogée au XIVe siècle.

 		YouTube 				- GENOA SAMPDORIA 3-0 HIGHLIGHTS AMPIA SINTESI SKY SPOR 

(visionner les images du derby : Geno 3, Sampdoria 0)

Le ballon n’existait pas quand la République de Gênes conquît les eaux et devint la plus prospère des Cités maritimes, surclassant Venise et sa flotte. Il fut un temps où aucune marchandise d’Orient ne pénétrait en Europe sans passer par la ville natale d’un certain Cristoforo Colombo, plus connu sous le nom de Christophe Colomb…

Plus récemment, ce furent les grands footballeurs transalpins qui firent escale au Genoa ou dans les rangs de la Sampdoria, selon la grandeur du moment. En 1893 les Anglais fondent le Genoa Cricket and Football Club (comme le Milan AC) qui devient rapidement un club qui compte en Italie. Le Genoa truste les titres de champions dans un ersatz de championnat, neuf au total, en une vingtaine d’année. La Sampdoria sera reconnue bien plus tard, dans les années 1990 principalement, avec un palmarès enviable : coupe des coupes 1990, championnat d’Italie 1991, finale de la coupe d’Europe des clubs champions 1992 (défaite 1-0 contre Barcelone, but de Koeman en prolongations). La Samp’ a vu passer quelques beaux joueurs dans sa prestigieuse décennie : Veron, Klinsmann, Mancini, Vialli, Pagliuca, Platt, Karembeu, Seedorf, Gullit, Chiesa, Ortega, Mihaijlovic, cela vous dit peut-être quelque chose ?

 Le derby de la ville, traditionnellement surnommé « derby de la Lanterne », est naturellement l’un des plus bouillants du monde. Il est classé 6e derby le plus chaud de la planète par le site footballderbies.com, juste derrière ceux de Rome (Lazio et Roma) et Belgrade (Etoile Rouge et Partizan). Des semaines avant le match, Gênes se scinde et les slogans propagandistes ressortent comme une lancinante litanie, bercés par de vieilles rancœurs solidement attachées aux querelles de clocher qui remontent à des siècles.

Qu’importe que la Sampdoria mène les débats avec 33 victoires en 83 duels fratricides, et que le Genoa, estampillé perdant en terre locale, n’ait ramassé que des miettes (20 victoires, 30 matches nuls). Le jour J, les compteurs sont sempiternellement remis à zéro. Vainqueur des deux dernières éditions, les Rossoblu se refont la cerise depuis leur remontée en 2006. Samedi soir, ils sont restés Rois de Gênes en étrillant la Sampdoria 3-0 ! Deux penaltys notamment ont offert à Milanetto, Rossi et Pailladino, les trois buteurs, les clés du succès.

Le stade Luigi-Ferraris, que les deux clubs se partagent (à l’instar de Milan et de l’Inter à San Siro) était en ébullition lors de ce match à l’atmosphère scandaleuse, arbitré par le pourtant très respecté Roberto Rosetti. L’arbitre, qui a sorti dix cartons jaunes et trois cartons rouges (Biava pour le Genoa 45e, Rossi et Cacciatore pour les visteurs aux 67e et 88e minutes), est sorti conspué par une foule au bord de l’implosion. Cette troisième défaite consécutive de la Sampdoria rapproche son voisin à une petite unité dans un classement où les rivaux se talonnent (4e et 6e places). L’Europa League est un enjeu capital pour deux clubs ambitieux. Le Genoa, qui vient de retrouver l’Europe cette saison (dans la poule de Lille) voudrait bien humer les doux effluves continentaux dès le prochain exercice. Mais ce lundi, les supporters n’y pensent même pas.

Seule compte la victoire dans un derby qui s’est souvent détourné du Genoa. La plus longue période de disette remonte à plus de vingt ans (entre 1978 et 1990, la Sampdoria était restée invaincue pendant deux rencontres) mais constitue encore un douloureux souvenir imprégnée dans les mémoires.

De plus, il s’agit d’une affiche qui compte enfin aux yeux de la presse, de l’autre côté des Alpes, entre deux équipes qui fréquentent le haut du tableau. Loin des huit derbies poussiéreux dignes de thriller de Série B (la deuxième division italienne) qui eurent lieu entre 1999 et 2003, quand les deux clubs, honteux mais finalement toujours symboliquement liés, se débattaient simultanément dans l’antichambre de l’Elite italienne.

Oubliées, ces saisons déshonorantes, l’heure est désormais à la reconquête pour le Genoa comme pour la Sampdoria. Et les journaux de ressortir des cartons cet adage désormais célèbre d’un entraîneur de la Sampdoria, la veille d’un match opposant les deux clubs : « A Gênes, il n’y a que le derby qui compte. Tu as beau finir en tête au classement, si tu ne le gagnes pas, ce sera comme faire sauter une banque et te rendre compte d’avoir emporter une valise pleine de vieux papiers ». Le Genoa est passé maître dans l’art du braquage à l’italienne…  

Cédric DROUET      

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×