Lyon paye sa tournée

Regarder Bordeaux-Bayern Munich dans un bar de Paris ? Cela ne devrait pas provoquer un grand buzz. Mais en Angleterre, dans un pays où les rencontres de quatrième division attirent parfois plus de dix mille spectateurs, la culture foot diffère en tous points. Europeangoldfoot a testé pour vous Liverpool-Lyon dans un pub de Londres, le Fox.

Situé près du quartier  verdoyant de Roehampton, au croisement de l’Upper Richmond Road et de Putney High Street, ce bar diffuse Sky Sports HD 1, 2, et 3, l’équivalent des chaînes sportives payantes câblées françaises (Canal + Sport, Eurosport, Sport +). Idéal pour beaucoup, qui ne peuvent pas se permettre de payer un bouquet. Idéal, aussi, pour se retrouver dans ce zinc du sud-ouest londonien, au-dessous de la Tamise sur le planisphère, et se chambrer, un peu, une bière à la main, toujours. Loin de la folie du centre de la capitale anglaise, des financiers surbookés de la City ou des accrocs au shopping qui arpentent assidûment Soho et Covent Garden.

Les écrans plasma géants divisent la salle principale en deux parties, peu équitables : Alkmaar-Arsenal au fond, Liverpool-OL partout ailleurs. Pourtant, Arsenal est un club du coin. Mais quand on compte, comme Londres, 22 millions d’habitants, c’est à la méritocratie plus qu’aux considérations géographiques qu’un match doit les faveurs du gérant des lieux. A un moment donné, les cinq Ligues des Champions glanées par Liverpool pèsent dans la balance.

Très vite, nous nous rendons compte que les représentants hexagonaux ne sont pas légion. Mais le bar est scindé par les pro et les anti Liverpool. Ceux-là prendront vite fait et cause pour la capitale des Gaules.

 La ferveur des uns contraste avec l’envie des autres de voir trébucher le chancelant colosse rouge aux pieds d’argile, déstabilisé par trois revers consécutifs. Ils honnissent les Reds, qu’ils soient supporters de Chelsea, Manchester, ou d’Arsenal. Un peu comme si, en France, dans un bar parisien, certains adeptes du PSG se réunissaient pour voir l’OM perdre une nouvelle finale de coupe d’Europe. Microcosme de cette population, un groupe de six amis, en mode « Friends », ont investi une table du café. Il y a Simon, qui a converti Ellen, sa copine, au mythe liverpuldien. Certains soirs, paraît-il, Simon lui fredonnerait dans l’intimité le fameux « You’ll never walk alone ».

Le couple se sent d’abord seul, car Georgie et Robbie, dit « Rob », amis de  longue date du couple, ont décidé de leur pourrir la soirée. En compagnie de Dan, qui étudie le droit sur le campus de la prestigieuse University of London, les trois compères chahutent gentiment les tourtereaux sur chaque ballon perdu. Les “come on, Benayoun”, “unlucky” (pas de chance), résonnent avec insistance dans l’enceinte boisée, particulièrement cosy.

A peine sortie du Starbucks, où elle vient d’achever son service, Sarah arrive en retard, mais en renfort pour les deux opprimés. Originaire du Nord, son père aurait porté les couleurs du club de la Mersey, plus jeune. Le cœur de Sarah est donc Rouge, et ne trahit pas. Même lorsque le héros Steven Gerrard sort sur blessure. « That sucks » (ça sent pas bon), lâche t-elle d’emblée, dépitée.

Fidèles à la tradition, les attaquants Anglais vont toutefois tirer les premiers. 41e minute : Exact au rendez-vous, Benayoun profite du cafouillage de Cris pour tromper Lloris. « Excellent », dégoupille Simon, en transe. Il lève les bras au ciel. Quelques gouttes de sa Guinness, victimes collatérales de son euphorie, rafraîchissent l’atmosphère. Portés par l’enthousiasme ragaillardi du kop d’Anfield, les Britanniques poursuivent leurs assauts. Poussés, peut-être, aussi, par leurs fans « longue distance ».

A des centaines de kilomètres de là, rien ne dit que les Reds n’ont pas senti le souffle chaud et alcoolisé de Simon sur leur nuque. Guiness, Foster, ce soir le bouillant étudiant fait mousser l’événement. Plus la pression augmente sur le but de l’OL, plus son niveau baisse dans les pintes de Simon.

Mais l’intouchable Hugo Lloris rassure Rob, Georgie et Dan qui ne perdent pas espoir. Supporter des Blues, ce dernier raconte, pendant la mi-temps, comment il a arraché les derniers billets disponibles pour aller encourager Chelsea, le lendemain, à Stamford bridge face aux Espagnols de l’Atletico Madrid.

La seconde période repart et Lyon reprend les commandes du match. Maîtres de leur sujet, les Français font tourner le ballon. Les jurons de Sarah ne diminuent pas les velléités rhodaniennes, bien au contraire.

72e minute : Maxime Gonalons égalise. « Lovely », s’écrie Rob, qu’on pensait assoupi. Sorti de sa torpeur par un but tout en abnégation, il enfonce le couteau dans la plaie : « That’s brilliant », s’exclame t-il dans on propre écho. Simon craque. Il enchaîne les demis pour ne pas faire les choses à moitié. Eméché, mais toujours dévolu à la légende de Liverpool, il y croit. Le second but de Delgado (91e minute) l’achèvera dans les grandes largeurs.

La discrète mais cruelle Georgie lui lance alors un douloureux, « It had to happen ». Une référence au célèbre film éponyme, dirigé par Roy del Ruth dans les années 30 ? Peut-être. Car la bande à Claude Puel a parfaitement ficelé le scénario du remake. Un spectacle projeté au Fox. Un simple pub anglais, témoin en cette froide soirée londonienne d’une sympathique avant-première. Du genre à réchauffer les chœurs des amoureux du foot. Sans exception.

Cédric DROUET   

 

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