Quelle Irlande pour la France ?

Quelque chose comme un destin conduit l’équipe de France dans son chemin initiatique vers l’Afrique du Sud. Affronter l’Eire pour composter le billet d’avion pour Johannesburg n’est pas exactement une partie de plaisir. Mais elle a le mérite d’abolir toute notion d’inconnu pour les deux équipes qui se sont affrontées dans le cadre des qualifications de la coupe du monde 2006.

Dans un groupe irrespirable, Israël, la France, la Suisse et l’Irlande avaient cumulé 11 matches nuls dans leurs confrontations directes, avant le match retour Irlande-France à Dublin. Si, ce jour-là, les deux équipes ne s’étaient pas départagées, nous aurions eu droit à un cas de figure où quatre pays auraient terminé à égalité, 18 points chacun.

Mais Henry a délivré les Bleus d’un bijou de frappe enroulée. C’était il y a si longtemps. Une époque où Zidane, Makélélé et Thuram avaient joué les pompiers de service. « Je sais que c’est impossible, mais revenir, battre l’Irlande, puis repartir, ça serait beau », avait rêvé tout haut Zidane, par voie de presse, en 2005. Son appel avait été entendu par Domenech, qui avait sorti les trois anciens Bleus de leur retraite internationale, avec la suite que nous connaissons, une finale de coupe du monde. Des décisions prises dans l’intérêt supérieur du football français, en somme.

0-0 au Stade de France, et 0-1, voici donc les deux derniers résultats entre Français et Irlandais. Il ne faut pas forcément s’attendre à autre chose lors des prochains barrages, même s’il n’est pas prévu que Zidane et consorts s’invitent cette fois-ci à la garden party. En effet l’Eire, son stade de Croke Park, ses 45 000 supporters présents au stade de France, représentent une certaine idée du football. Des vertus de combat, d’engagement.

Un « fighting spirit » tout britannique, désormais canalisé par la rigueur d’un coach italien, Giovanni Trapattoni, dont le palmarès (sept titres de champion d’Italie, trois coupes de l’UEFA, des titres de champion d’Allemagne, du Portugal, d’Autriche) force le respect. Le Trap est un peu le Gerets transalpin. Et quand il s’agit de l’Italie, une allergie persistante démange Raymond Domenech. Il faudra pourtant la soigner à l’heure de débarquer en Irlande, le 14 novembre, puis de la recevoir quatre jours plus tard, dans un contexte particulier, avec quasiment deux matches « à l’extérieur », à disputer.

Pour un duel face à une formation toujours invaincue en éliminatoires. Invaincue, mais tellement laborieuse. 4 victoires pour 6 nuls, une différence de buts minimaliste, +4, et donc aucun match gagné par plus d’un but d’écart. Dans une poule où figuraient Chypre, Montenegro et la Géorgie, cela pourrait faire rire. Avec 18 points l’Eire possède le plus faible total de points de tous les deuxièmes de poule. Cette équipe n’a pas la capacité à tuer un match. La preuve contre l’Italie, à domicile, il y a deux semaines. Les Irlandais ont marqué à deux reprises, mais se sont faits rejoindre à chaque fois. Les Italiens ont même inscrit leur second but à la 89e minute (2-2).

D’un côté c’est rassurant. Si les Bleus sont menés au score, ils pourront toujours compter sur la fébrilité adverse pour recoller. Mais l’histoire du verre à moitié plein s’arrête-là. Car l’Irlande est une équipe dont on ne se défait pas. Jamais. L’exemple du match aller contre l’Italie, à Bari, le montre. Les Verts ont égalisé à la 89e minute par Robbie Keane (1-1). Il n’y a pourtant pas plus serein qu’une Squadra Azzura qui mène au score, paraît-il.

L’équipe de France est donc prévenue. Elle a hérité du tirage le plus compliqué possible. Il aurait mieux valu la Bosnie, l’Ukraine, ou la Slovénie. Ce sera l’Eire, « Une Angleterre-bis », comme l’a surnommée Domenech. Son onze majeur est constitué de joueurs évoluant dans des clubs de Premier League (div. 1 anglaise), à 100%. Il y a le portier Shay Given. Il y a aussi un côté droit à faire peur : John O’Shea (Manchester), Damian Duff (ex-Chelsea), Robbie Keane (ex-Inter Milan et Liverpool). Et les autres… Moins connus mais pas moins talentueux, ou si peu. Et surtout pas les derniers à la castagne.

C'est écrit, ce France-Irlande sera une guerre de tranchées au sortir de laquelle un seul soldat restera debout. Ce sera un choc d’une intensité dramatique rare. Emotionnelle, aussi. Mais il faut croire que ces deux pays commencent par en avoir l’habitude. Par les temps qui courent, quand ils s’empoignent, le vainqueur prive toujours le vaincu d’une coupe du monde.

Cédric DROUET

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