Shevshenko, de Barcelone à Barcelone

L'enfant prodigue est de retour au pays. La presse ukrainienne en a fait ses choux blancs estivaux. La vie des médias européens focus sur le gang blanc de Ronaldo and Co, n'en a pas été chamboulée. Le transfert d'Andrei Shevshenko s'est effectué, d'un strict point de vue occidental, dans un parfait anonymat.

Barcelone - Kiev (0-4) (Pour visionner le résumé du récital de Kiev au Camp Nou, cliquez sur la vignette) 

Commparable, paradoxalement, à celui qui avait conduit l'ukrainien à parcourir le chemin inverse, de Kiev à Milan, il y a dix ans de cela. Une arrivée en Lombardie sur la pointe des pieds, en 1999 suivie de quelques exploits qui le couvrirent de gloire par la grâce d'un Ballon serti d'Or en 2004. Puis par celle des pétrodollars de son ami intime, le président russe de Chelsea, Roman Abrahamovic. Ce dernier offrit Shevshenko aux supporters des Blues en 2006 mais jamais l'entente avec Drogba, en attaque, ne confinera au cordial.

Barré par l'Ivoirien, dragué par Galliani, Shevshenko reviendra au Milan pour remettre le couvert. Mais comme souvent lors d'une histoire d'amour réchauffée, la relation s'achève en eau de boudin. Tant et si bien qu'on ne savait plus très bien à qui appartenait Shevshenko ces derniers mois. Mais si sa carrière reste exceptionnelle, son retour au Dynamo fut discret.

Tellement réservé que lors du résumé de Kiev-Rubin Kazan, la semaine passée en Ligue des Champions, jamais le nom de Shevshenko ne sera prononcé par le commentateur de Canal +. Bien qu'on l'aperçut subrepticement à l'image sur chacun des trois buts de sa formation.

La semaine prochaine, le tsar aura toutefois l'occasion de se mettre en valeur contre une équipe qu'il avait essoré à lui seul voici douze ans : le FC Barcelone. Nous parlons bien ici d'une époque où les soirées Champions League avaient exclusivement court sur TF1 et pendant lesquelles Roger Zabel jouait les Hervé Mathoux de service, secondé par un Vincent Hardy dont la candeur juvénile n'était pas sans rappeler un certain Romain Delbello.

Une autre vie, en somme. Un jeudi matin d'octobre je me souviens encore du discours de mon père qui, lui, avait eu la chance de voir les buts diffusés tardivement en début de nuit (eh oui, lycée oblige, le couvre-feu c'était 22h30). Dans la voiture vers le lycée, la conversation s'orientait bien souvent sur les résultats de la veille. "Kiev, là, ils tiennent un petit jeune, c'est un tout bon. Il en a mis trois au Barça hier soir". Impossible de ressortir le nom du gamin.

Mais le Barça, vainqueur de la précédente coupe d'Europe des vainqueurs de coupe, qui s'incline 0-4 au Camp Nou, ça classe une performance. Vite atténuée par un résumé au journal de 13 heures, tout de même. Quelques secondes pour faire défiler les quatre buts, et un gardien en dessous de tout. Victor Baia, le portier portugais du Barça, coupable de trois bévues grossières.

Deux semaines plus tard, début novembre 1997. Cette fois, pas moyen de manquer les buts du match retour à Kiev, lors de la 4e journée de la phase de poules. Tant pis pour le cours de maths du jeudi matin, c'est le foot qui prime. Quitte à rallumer le poste de TV dans la chambre quand tout le monde sera couché. Vient le tour du Kiev-Barça tant attendu.

 Un terrain boueux labouré par le rude hiver ukrainien. Des gros plans succincts sur feu Valery Lobanovski, dénicheur de talents comme on en fait plus, éleveur de champions élevé à l'exigeante école soviétique. Lobanovski, sa couverture chauffante, son crane dégarni. 1990's revival. Un bruit de fond insupportable, inhérents aux stades de l'Est : les cornes de brume du public. Un décor de traquenard dans lequel nos chers clubs adoraient tellement chuter jadis.

En cette saison 1997-1998, le Barça ne ressemble pas à grand chose. Le Dynamo, en revanche, possède de faux airs du grand frère de 1986, avec Blokhine et Belanov en vedette. Une formation de légende qui avait triomphé à Gerland de l'Atletico Madrid (3-0) en finale de la C2.

Cette fois, ce ne sont pas des Madrilènes mais des Catalans qui vont écoper du tarif maison. Rivaldo, Figo, Ferrer, Puyol, Ciric, Sergi, Oscar, toute l'armada dirigée par le Hollandais Van Gaal s'effondrera comme à l'aller. Dans les buts le Néerlandais Ruud Hesp que beaucoup oublieront vite en Catalogne a remplacé Victor Baia. Peine perdue, il se fera même expulser pour une faute en tant que dernier défenseur sur... Shevshenko.

Shevshenko, justement ? Maigrichon dans un maillot bien trop large pour sa frêle silhouete, il ne marquera pas ce soir-là. Rebrov, Maximov et Kalinitsev endosseront le rôle de bourreau. Mais Shevshenko, virevoltant, est l'auteur d'une prestation de haut vol.

L'année suivante il confirmera en atteignant même les demi-finales de la compétition. Eliminé dans le dernier quart d'heure du match retour par le Bayern Munich. Shevshenko achèvera cette édition meilleur buteur (8 buts). Puis s'envolera vers des cieux autrement plus scintillants, ceux du Milan AC. Mais Andrei Shevshenko est né le 22 octobre 1997 grâce à son fabuleux hat-trick au Camp Nou.

Deux époques, deux équipes, une même affiche. Depuis, l'adolescent a laissé poussé ses cheveux. Il s'est marié à une mannequin américaine. Et les muscles saillants qu'il a sculptés dans le laboratoire de Milanello remplissent allégrement ses maillots.

Il y a douze ans, sous le celui du Dynamo, Shevshenko la chrysalide mettait le feu à Barcelone. Dans quelques jours, c'est un ex-Ballon d'Or vieillissant qui papillonnera à nouveau sur la pelouse Catalane.       

Cédric DROUET

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