Trop haut pour Le Duigou

L'Equipe est devenu au fil du temps la référence sur les Notes. Joueurs et supporters sont les premiers se jeter sur "le jeu et les joueurs", transformé cette saison en "Ils ont flambé - Ils sont passés à côté".

Un barème par ailleurs trop binaire puisqu'un joueur noté 5,5 est parfois cantonné dans la catégorie "Ils ont flambé" quand son partenaire, noté 5, va être répertorié "Ils sont passés à côté"... Ceci dit, le quotidien au monopole grandissant se justifie souvent en prétendant qu'il s'agit d'une de ses rubriques les plus lues, soi disant.

Au lendemain de la déculottée guingampaise en Europa League, 1-5 contre Hambourg, tel ne fût pas notre étonnement en découvrant le compte rendu. Pas tant le papier principal de Franck Le Dorze, mais surtout l'appréciation individuelle des Bretons, signée S. L. D.

Le journaliste en question, Sylvain Le Duigou pour les habitués, inflige un très sévère 2 sur 10 au jeune François Bellugou. Le milieu guingampais a cristallisé l'amertume du journaliste à tel point qu'il écope même du statut de "L'Homme clé", qui est rarement attribué au pire joueur de la rencontre, mais au contraire au plus décisif, dans le bon sens du terme.

Pointé du doigt par ce titre en gras "Trop haut pour Bellugou", avec la traditionnelle photo-portrait du joueur, François Bellugou voit également son 2 sur 10 surligné en rouge, précédant ce texte inquisiteur : "Il préférera peut-être oublier sa découverte de l'Europe. Titulaire pour la première fois de la saison, la vigie de l'entrejeu ne s'est jamais allumée. Elle s'est même égarée, perdant un ballon transformé en but par Petric (11e) et abandonnant Berg sur le quatrième (51e)."

On jurerait que Bellugou est responsable à lui seul d'une Bérézina collective criante.

 1° Il est injuste qu'un jeune joueur subisse ainsi les foudres d'un plumitif dans son exercice, certes périlleux, d'évaluation : d'abord, si Duigou estime que Bellugou a coûté deux buts, pourquoi avoir accordé un point de plus à Bakary Koné ? "Il glisse devant Petric (11e) et l'oublie quand il s'élève sur le 3e but", écrit le journaliste. L'Ivoirien, à en croire ce dernier, a commis le même nombre d'erreurs ayant amené un but.

Certes, en début de seconde période, il a donné un ballon de but à Mathis, qui ne l'a pas converti. Mais sur cette occasion le décalage de Bellugou pour Koné, à l'origine du mouvement, était autrement plus subtil. Apparement, Duigou ne se souvient pas des avant-dernières passes décisives. Trop occupé à griffonner les gestes manqués sur son carnet ?

2° Dans son laïus Duigou inclut même l'esquisse d'une explication, peut-être, au rendement de Bellugou lors de ce match : "Titulaire pour la première fois de la saison". Si l'examinateur avait potassé son sujet il aurait remarqué que sur les onze titulaires Bellugou, avec 2 minutes, (entrée contre Angers à la place de Bassila à la 88e), était hier celui qui totalisait même le plus faible temps de jeu sur l'ensemble des deux premières journée de championnat.

Victor Zvunka, en confiant les clés de l'entrejeu au seul Bellugou, en manque de rythme, n'a t-il pas commis une erreur de coaching ? A défaut de trouver une excuse à sa prestation, Duigou aurait pu faire preuve d'indulgence dans son échelle de critères.

 3° Malgré une première phrase lourde de sens, Duigou n'a pas cherché à approfondir l'ébauche de cette analyse (faute de temps, de recul, pression du bouclage, faible lignage du papier ???) : "Il préférera peut-être oublier sa découverte de l'Europe".

Découverte. En effet, Bellugou est un jeune footballeur plein de promesses, qui a fait ses gammes à Montpellier, disputé son premier match pro en Ligue 2 sous Domergue dans le club héraultais. Puis il a fait preuve d'intelligence et d'humilité en repartant en National, chez le voisin sétois, pour obtenir un temps de jeu supplémentaire. Il a ensuite signé à Guinguamp, en Ligue 2, malgré l'appel du pied lorientais.

Preuve d'une part qu'il ne doit pas être si mauvais, puisqu'on des clubs de l'Elite s'y intéresse. Et d'autre part, que le gamin sait laisser le temps au temps, denrée rare chez les footballeurs.

Oui, Duigou a osé enjoindre un 2 sur 10 stupéfiant à un jeune qui évoluait il y a deux ans en CFA et qui disputait hier un match contre le demi-finaliste de la coupe de l'UEFA l'an passé. En oubliant totalement que Bellugou se dressait devant un rempart hambourgeois auréolé d'un de ces fameux palmarès qui classe un club : finaliste de toutes les coupes d'Europe qui ont existé (vainqueur de la C1 en 1983, de la C2 en 1977, finaliste de la C1 en 1980, de la C2 en 1968, de la C3 en 1982), 6 championnats d'Allemagne (et 9 fois deuxième), 3 coupes d'Allemagne, 2 coupe Intertoto, 2 coupes de la Ligue d'Allemagne. De quoi impressionner un novice à ce niveau, tout de même...

Koné aurait pu être crédité d'un 2 sur 10. Zvunka aurait pu être sanctionné d'un 2 sur 10. En fait, toute l'équipe a sombré devant l'ogre allemand et aurait mérité un 2 sur 10. Mathis, Trévisan, Deroff ont connu les affres de la coupe d'Europe, la Ligue des Champions pour certains. Peuvent-ils pour autant échapper à la défaillance généralisée des Bretons ? Non.

C'est pourquoi, au lieu "d'oublier sa découverte de l'Europe", nous conseillerons plutôt à François Bellugou d'oublier les commentaires acerbes de l'envoyé spécial de L'Equipe. Et de ne pas zapper tout le travail accompli depuis le début de sa carrière. Quand à Duigou, il se voit attribué un 2 sur 10 en journalisme pour son papier un peu trop léger à ce niveau de la compétition.

Cédric DROUET

Photo : François Bellugou (à droite), a appris le haut niveau au Roudourou face à Hambourg (Ph. Ouest France).

Commentaires (1)

1. Franck 30/08/2009

Un très bon papier, il est rare qu'un journaliste écrive sur un autre, surtout dans ces circonstances..
Quel bon vent de fraicheur.

merci, et bonne continuation a Bellugou qui auras j'en suis sur, une place en europe

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