Caen - Saragosse 1992 (3-2) : le match de l'année !

Caen - Saragosse : 3-2

Buts pour Caen : Paille (6e, 36e) Gravelaine (17e) ; pour Saragosse : Garcia Sanjuan (30e), Pardeza (81e).

Caen : Montanier – Lebourgeois - Dangbeto, Point, Calederon, Fournier – Cauet, Avenet, Gorter – Gravelaine, Paille. Entr. D. Jeandupeux.

Le 15 décembre 2009, Guy Chambily, membre du conseil fédéral de la FFF, s'était rendu célèbre en réclamant ouvertement un vote à main levé sous forme de référendum en faveur d'une éjection de Raymond Domenech de son poste de sélectionneur. Mais Chambily n'a pas toujours été ce frondeur téméraire, meneur d'une Révolution de Palais aussitôt avortée.

En 1991, il avait sauvé Caen du dépôt de bilan et relancé un club qui découvrira l'Europe à peine un an après, lors de la saison 1992-93, un cru légendaire pour le football français : cette année-là, Marseille remporte la C1 devant le Milan AC (1-0) et en coupe de l’UEFA, Paris et Auxerre atteignent les demi-finales, battus injustement par la Juventus et Dortmund. Mais la sensation de cette C3, c’est aussi le Stade Malherbe de Caen.

Au premier tour, les Normands, opposés au Real Saragosse, ont ébloui la France du foot par leur jeu pétillant et une envie de tous les instants. Le match aller débute à cent à l’heure.

Sept joueurs caennais touchent le ballon sur la première action chaude, conclue par un triangle Dangbeto – Gravelaine – Paille qui inscrit le but du 1-0 (6e). Soufflé, le public de Venoix n’a pas le temps de dire ouf que les Malherbistes repartent de plus belle. Benoît Cauet centre en retrait pour un jeune inconnu en feu ce soir-là : Xavier Gravelaine (2-0, 17e).

Pour répondre aux questions de Thierry Rolland, à l’époque, pas de SMS mais le 3615 code Foot au minitel. Ou un numéro de téléphone encore à huit chiffres…

Ce Caen-Saragosse est frappé du sceau  désuet des années 1990, pourtant il ne tardera pas à rentrer dans les mémoires. Les Espagnols, archi-dominés, ont la chance de marquer par Sanjuan (31e) mais aussitôt le duo Gravelaine-Paille, en transe, inscrit un troisième but ultra spectaculaire (36e).

Le club du président Chambily mène 3-1 et vient de signer la plus belle mi-temps de toute son histoire. Saragosse ne voit pas le jour. Gravelaine, en début de seconde période, se procure deux actions dignes d’un Pelé des grands soirs.

Sincèrement, le résumé Dailymotion vaut le détour : d’abord, il s’emmène le ballon d’une aile de pigeon avant d’être victime d’une faute flagrante dans la surface (51e).

Ensuite, il effectue un cadrage-débordement hallucinant de l’extérieur du pied gauche mais sa pichenette passe de peu au-dessus (63e). A dix minutes de la fin l’injustice est totale quand Pardeza profite d’un pied en avant d’un coéquipier sur Montanier pour réduire le score (3-2).

Mythique, Caen-Saragosse sera élu match de l’année 1992, juste devant une autre rencontre de Caen diffusée sur TF1 : une victoire 5-4 devant Lens en Coupe de France. En revanche, le retour, en Espagne, est à sens unique. Daniel Jeandupeux, le coach normand, tente un coup de folie (le jeune meneur de jeu Dedebant reconverti latéral droit et l’avant-centre Paille reculé au poste de libero). Pari manqué.

Mais l’élimination prouvera surtout que les clubs français ont longtemps payé leur innocence sur la scène Européenne, au profit de leurs voisins ibères, transalpins ou lusitaniens, pour ne citer qu’eux. L’Uruguayen Poyet ouvre le score, imité par Brehme en fin de partie (2-0).

Entretemps, le champion du monde 1990 allemand, qui avait pourtant marqué son pénalty en finale contre l’Argentine, s’est offert le luxe d’en manquer, échouant sur le poteau de Montanier. Une justice car le tir au but était aussi scandaleux que l’arbitrage du sulfureux Britannique Howard King, imbibé jusqu’aux cheveux par sa soirée arrosée.

Le référé gallois, radié à vie du football sur la fin de sa carrière, a d’ailleurs avoué bien plus tard avoir accepté alcool, cadeaux et prostituées lors de nombreux déplacements européens, y compris sur ce Saragosse-Caen. Les dirigeants espagnols ont donc allégrement profité d’un penchant pour le sexe que King n’a visiblement jamais réglé : en 2005, l’ex-arbitre sera surpris par la patrouille en pleine séance d’autosatisfaction dans un taxi londonien.

En 1992, malheureusement, ce fut sur Caen qu’il s’est soulagé. Presque vingt ans plus tard, les Normands ont toujours mal au popotin…

Cédric DROUET

Exclusif : le témoignage de Philippe Montanier, gardien de Caen lors de ce match

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