Manchester - Montpellier 1991 (1-1) : les jambons si près du but

Manchester United – Montpellier : 1-1.

But pour Manchester : McClair ; pour Montpellier : Lee Martin (csc).

Manchester : Sealey – Donaghy, Pallister, Martin, Blackmore - Phelan, Ince, Robson, Sharpe - Hugues, McClair. Entr. A. Ferguson.

Montpellier : Barrabé – L. Blanc, Der Zakarian, Lucchesi, Baills – Colleter, Lemoult, Guérin, Suvrijn – Garcia, Ziober. Entr. H. Kazperczak.

Les belles heures du football à Montpellier. Victorieux en Coupe de France face au Racing Paris (2-1 a.p.), le MHSC s’offre une virée européenne en Coupe des Coupes en 1991. Le baptême du feu se transformera en véritable épopée.

Au premier tour, les hommes du président Loulou Nicollin tombent sur un os : le PSV Eindhoven, champion d’Europe trois ans plus tôt, en 1988. Un but de Ziober sonne le glas des Néerlandais au match aller, dans une Mosson pré-1998, sans ses tribunes Aigoual ni Cévennes rénovée.

1-0, ça paraît court avant le déplacement dans l’enfer du Philips Stadion où le PSV ne perd jamais, marque beaucoup et n’encaisse pratiquement aucun but. Pour rappel, lors de cette fameuse saison 1990-91, le PSV terminera invaincu à domicile en championnat avec 15 victoires et 2 nuls, en inscrivant 61 buts pour seulement 9 encaissés.

Les moyennes de l’époque sont affolantes : en huit saisons depuis 1984, Eindhoven ne s’est incliné que 3 fois sur 156 rencontres dans son antre, pour plus de 140 victoires. Montpellier ne peut pas gagner, et n’espère même pas marquer en Hollande. Tenir en défense, tel est le leitmotiv des Héraultais.

Le président Nicollin motive ses hommes à sa manière. Avant le match aller, le PSV avait envoyé un fax de bonne conduite à tenir pour les clubs ayant l’honneur de recevoir le champion de Hollande. « Ils nous prennent pour des jambons », s’emporte l’excessif Loulou dans la presse. Une expression devenue culte et souvent reprise dans le langage courant dans l’Hérault. Dans les rangs hollandais, un brésilien méconnu, Romario, enfile alors les buts comme des perles. Il sera muselé comme Gerets, Popescu ou Bosman, les stars néerlandaises. 0-0, ça passe !

 

Sur le banc, Nicollin a débauché le coach du Racing, sa victime en coupe de France : Henry Kasperczak a remplacé Michel Mézy. Le technicien Polonais a pris Thétis et Blondeau dans ses valises, et a recruté Garcia (Grenoble), le gardien Claude Barrabé et le latéral Patrick Colleter (Brest). L’équipe a fière allure, emmenée par son libéro offensif, Laurent Blanc, qui fait partie des meilleurs buteurs de première division.

Le second tour propose un autre champion d’Europe, celui de 1986, le Steaua Bucarest. Libérés par la chute du Mur, les Roumains sont loin du niveau qui était le leur cinq ans auparavant. L’exode massif vers l’Europe de l’Ouest ne permet plus au club phare des Carpates de conserver ses pépites.

L’ère Ceausescu, dictateur et dirigeant historique du Steaua exécuté en 1989, est révolue. Ce dernier avait envoyé la milice roumaine retourner un à un les doigts de son gardien Helmut Duckadam en 1986, après la finale remportée face au FC Barcelone, durant laquelle Duckadam avait arrêté quatre tirs au but. Le motif : le portier, convoité par le Real Madrid, voulait quitter le club. Privé de l’usage de ses mains, il ne rejouera plus jamais de sa vie au football à haut niveau.

On comprend mieux pourquoi Bucarest version post-Berlin s’est détournée du Rideau de Fer pour entamer sa révolution de velours sans remords. Boîtes de nuit, belles voitures, jolies femmes et gros salaires, tel sera désormais le quotidien des nouvelles vedettes roumaines comme Lacatus (Fiorentina), Hagi (Real Madrid), Dumitrescu (Tottenham) ou autres Illie et Belodedici (Valence).

Sans surprise, donc, Montpellier va marcher sur Bucarest. 5-0 à l’aller avec l’épisode du sifflet : à chaque fois qu’un attaquant roumain part au but en début de match, un supporter siffle de toutes ses forces en tribunes. Se croyant hors-jeu, les flêches du Steaua stoppent systématiquement leur course. Un pêché de naïveté qui coutera cher.

Les Pailladins se réveillent et, sous une pluie battante, débutent un festival offensif : Ziober (2), Xuereb, Blanc marquent quatre buts. Ferhaoui blessé, Kasperczak lance le jeune Laurent Castro, qui marque le cinquième but. Propriétaire du Temple, un immense hangar dédié au football en salle en périphérie de Montpellier, Castro défend à présent les couleurs de l’équipe de France de Beach Soccer. Sa carrière de footballeur a débuté contre Bucarest.

En Roumanie, le MHSC confirme. 3-0, et un ticket pour les quarts composté sans trembler. Troisième tour, troisième champion d’Europe au tableau de chasse montpelliérain : Manchester United, lauréat en 1968. On peut d’ailleurs ajouter Benfica à la liste, unique adversaire de Montpellier en Europe, en 1989, les Portugais ayant aussi remporté deux C1 (1961 et 1962).

En Angleterre, les Héraultais découvrent la coupe d’Europe sous son angle le plus obscur : ils encaissent un but rapide de McClair (1ère minute) mais réagissent vite. Ziober déborde et centre, Lee Martin devient fou et égalise contre son camp (7e).

Montpellier se crée de belles occasions à 1-1 mais Padcal Baills se fait expulser après un cinéma pas possible de Mark Hugues, qui abuse l’arbitre italien Paireitto. Manchester fait la loi et le tacle assassin de Robson sur Baills, qui pour le coup méritait vraiment carton rouge quelques minutes plus tôt, n’est pas sanctionné.

Autant dire qu’avant le match retour, Alex Ferguson n’en mène pas large. Il pourra toutefois compter sur la fébrilité du malheureux Claude Barrabé. Sur un coup franc de Blackmore, le gardien du MHSC laisse rentrer dans ses filets un ballon anodin. Une bourde qui éteint La Mosson. Montpellier pousse mais un penalty de Blackmore coule définitivement ses illusions en deuxième période (0-2). Hugues poursuit son entreprise de déstabilisation et cette fois, c’est Manu Thétis qui tombe dans le piège, exclu pour un crachat sur l’attaquant mancunien.

Manchester poursuit sa route, Montpellier rumine ses regrets : en demi-finales, le MHSC aurait affronté le modeste Legia Varsovie, ancien club de Kasperczak lorsqu’il était joueur, et aurait légitimement pu ambitionner d’atteindre la finale. Ce sera pour Man. United qui y retrouve le Barcelone de Yoann Cruijff, emmené par le Danois Michael Laudrup. Les Anglais remportent le trophée (2-1) sur un doublé de… Mark Hugues !

Montpellier n’a pas oublié sa folle épopée et fêtera l’an prochain les vingt ans de sa belle aventure. Actuellement calé sur le podium de la L1, le MHSC pourrait retrouver l’Europe à cette occasion. En Ligue des Champions ? Secrètement, Louis Nicollin et Michel Mézy rêveraient sans doute d’une poule Manchester United – PSV Eindhoven – Steaua Bucarest - Montpellier.

Histoire de souffler les bougies avec  Ferguson, adoubé par la Reine depuis le temps. Pas sur que ce bon vieux Loulou, à la rancune tenace et la mémoire longue, ne l’appelle alors « Sir Alex ».

C. Dr.

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