Newcastle-Troyes 2001 (4-4) : Troyes dans les règles de l'art

 Newcastle - Troyes : 4-4

Buts pour Newcastle : Solano (3e), Ameobi (65e), Speed (70e), Hughes (90e) ; buts pour Troyes : Leroy (25e), Goussé (28e), Boutal (47e, 55e).

Newcastle : Given - Barton, Dabizas, Hugues, Elliott - Solano, Speed, Lee, Quinn - Bellamy, Ameobi.
Troyes : Heurtebis - Zavagno, Meniri, Bradja, Thomas, Hamed - Leroy, Rothen - Goussé, Boutal, Saifi.

Coupe Intertoto, finale 2001. Au match aller, disputé dans le champêtre stade de l'Aube, la guerre de Troyes n'a pas eu lieu. 0-0 contre les Anglais de Newcastle, personne n'a osé tiré le premier. Une semaine plus tard, les deux formations se retrouvent dans la marmite de Saint-James Park. Nouvelle preuve de la culture foot dans laquelle baigne le royaume de sa majesté, 37 000 fans ont fait le déplacement.

Les Troyens ne comptent pourtant pas parmi les cadors de l'Europe. A l'aube de l'an 2000, le club vit cependant ses heures de gloire, grâce à un jeune coach présent depuis 1993, Alain Perrin. Ce dernier a fait remonter Troyes en première division deux ans plus tôt. Et la septième place décrochée au terme de l'exercice 2001 a permis de s'inscrire en coupe Intertoto. Une forme d'avènement. L'ex-ATAC (rebaptisé ESTAC en 2000) a donc de l'appétit avant de défier Newcastle dans son antre. Perrin a surpris son monde avec un 5-3-2 archaïque mais efficace.

 Dans l'axe, Bradja, Meniri et Thomas montent la garde. Les latéraux Hamed et Zavagno occupent les flancs. Mehdi Leroy et le Beckham local, Jérôme Rothen, sont livrés à eux-mêmes au centre, chargés de défendre tout en soutenant les trois pointes : Goussé, Boutal et Saïfi. La blague tourne mal après trois minutes de jeu. Solano récupère et déclenche un tir de 25m (1-0). Troyes est perdu mais va refaire surface rapidement, bien aidé par le portier Irlandais des Magpies, Shawn Given. Sur un coup franc, Rothen décale Leroy qui frappe plein axe. Première boulette de Given qui dévie le ballon dans ses buts (1-1, 25e). Bizarre pour un gardien pourtant précédé d'une réputation flatteuse. Les Bleus s'en sont rendu compte lors des derniers barrages de coupe du Monde contre l'Irlande...

Mais revenons à Troyes, qui se sait qualifié au bénéfice du but à l'extérieur avec tout autre match nul qu'un 0-0. Goussé ne s'en contente pas et sur un rush personnel, crucifie Newcastle (1-2, 28e). Après la pause, les visiteurs reviennent toujours aussi conquérants. Le show Samuel Boutal commence : en embuscade sur une tentative de Goussé repoussée par un montant, le bibendum métisse propulse le cuir dans les filets anglais (1-3).

Boutal a peut-être quelques kilos superflus, mais ce ne sont pas le sens du placement et l'adresse qui lui manquent. Sur un dégagement raté de Given, Rothen récupère et déborde. Personne ne le sait encore, mais le blondinet est doté d'un pied gauche exceptionnel. Son centre incurvé trouve Boutal qui trompe Given de la tête (55e). 4-1, l'affaire est dans le sac. L'inexpérience et la fébrilité troyennes, couplées au fighting spirit de Newcastle, vont offrir à ce match d'anthologie la dose de dramaturgie nécessaire.

Emmenée par l'actuel Citizen Craig Bellamy, la formation du Nord de l'Angleterre, proche de l'Ecosse géographiquement, va tout donner. Ses joueurs du cru (Speed, Elliott, Lee, Hugues et Quinn) ne sont pas des poètes mais ont des noms qui sentent la sueur. Le charbon, ça les connaît. Ici, la pluie et la boue ne sont pas une option. C'est une religion. Jamais les Magpies ne joueraient une demi-heure sans penser que combler un retard de quatre buts est possible. Ameobi reprend à bout portant, Heurtebis est battu (2-4, 65e). Cinq minutes plus tard, Newcastle revient à 4-3 sur un penalty de Gary Speed, idole du coin.

On ne va pas se mentir, Troyes passera le dernier quart d'heure dans ses dix-huit mètres. Sur corner, Hughes s'impose. Heurtebis panique sans raison et tente de boxer la balle. Il ne la touche même pas (4-4, 90e). Troyes tiendra jusqu'au bout et accèdera à l'UEFA. Le conte de fée se poursuivra encore deux tours. Il prendra fin contre d'autres guerriers d'Albion. Leeds United, ex-grand d'Europe, assure l'essentiel à l'aller (4-2). A Troyes, les hommes de Perrin passent à deux doigts des prolongations (3-2).

L'année suivante, les Aubois retentent leur chance et battent les Espagnols du Villareal (0-0, 2-1). Mais l'UEFA décrète le match retour perdu sur tapis vert (0-3) pour avoir aligné David Vairelles, suspendu. Blasé par l'amateurisme ambiant, Alain Perrin s'en ira laver son linge sale à l'OM dont il a entendu le plus grand bien de la blanchisseuse. Jérôme Rothen monnaye son pied gauche sur le Rocher. Avec Monaco, il jouera la finale de la Champion's League deux ans plus tard. Troyes fait l'ascenseur. Le prêt de Branko Boskovic par le PSG rappelle cruellement aux supporters qu'ils ont mangé leur pain blanc. Mai dernier, Troyes touche le fond. 19e de Ligue 2, dans l'inférence générale, l'ESTAC file en National. A l'anglaise...

Cédric DROUET

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