Italie-Corée du Nord 1966

La défaite de l'Italie face à la Corée du Nord, 1 but à 0, lors du premier tour de la coupe du monde 1966, le 19 juillet au stade de Middlesbrough, a été qualifiée par la presse anglaise de « plus grand choc de l'histoire de la coupe du monde ».

Certes, ce n'est pas la première fois qu'une grande nation du football est vaincue par une équipe présumée plus faible lors d'une phase finale de coupe du monde : 16 ans plutôt au Brésil, l'équipe d'Angleterre s'était, en effet, inclinée face aux Etats-Unis. Mais, en 1966, les protagonistes et les circonstances donnent au résultat de Middlesbrough un tout autre retentissement.

L'Italie est considérée par le quotidien l'Équipe comme « grandissime favori » du groupe D (URSS, Chili et Corée). La presse européenne, tout comme les bookmakers, en fait d'ailleurs un prétendant au titre mondial. En Italie, l'espoir renaît et tous veulent croire que la squadra azzurra est sur le point de renouer avec sa grandeur des années 1930, ternie par une série d'échecs lors des trois dernières coupes du monde. Avec une victoire face au Chili (2-0) et une défaite face à l'URSS (1-0), l'équipe italienne doit faire au moins match nul contre les Coréens du Nord pour assurer sa qualification en quart de finale. Nul ne doute alors de sa victoire.

L'équipe de la Corée du Nord n'appartient pas, en effet, aux grandes nations du football. En Angleterre, il s'agit de sa première participation à une phase finale de coupe du monde. Sur un plan sportif, la qualification des Coréens du Nord doit beaucoup au retrait des équipes africaines et asiatiques lors des matchs qualificatifs en signe de protestation contre le règlement de la FIFA qui ne prévoit qu'un seul pays qualifié pour les deux continents.

Dans ces conditions, la Corée du Nord n'obtient son sésame que grâce à ses victoires lors d'une confrontation sur match aller-retour face à une équipe d'Australie composée de joueurs amateurs. Sur un plan politique, la participation à un événement sportif qui bénéficie d'une couverture médiatique, notamment télévisée, sans précédent offre au régime totalitaire de Pyongyang l'occasion de sortir de l'isolement dans lequel l'a plongé la guerre de Corée.

Pour Kim Il-sung, le « grand chef », l'objectif est d'assurer la propagande de son régime par quelques victoires sur les terrains anglais. Les joueurs sont alors soumis à une préparation intensive quasi-militaire. Néanmoins, ils doivent s'incliner 3-0 face à l'URSS lors de leur premier match. Leur infériorité physique (leur taille moyenne est de 1 mètre 68) et leur combativité leur attire toutefois la sympathie du public anglais qui ne cesse ensuite de les soutenir face au Chili (1-1) et face à l'Italie.

Nombreux sont les Italiens devant leur poste de télévision tandis qu'en Corée, des millions de personnes écoutent à 3h du matin la retransmission à la radio. Le tournant du match se situe à la 34e minute, lorsque le meneur de jeu italien, Bulgarelli se blesse et quitte ses coéquipiers. Contraints de poursuivre la rencontre à 10, conformément au règlement qui ne prévoit pas de remplacement, les Italiens sont désorganisés et cèdent peu à peu du terrain à l'équipe coréenne « complètement électrisée », selon la formule du commentateur anglais.

Dans ces circonstances, Pak Doo-Ik ouvre le score à la 41e minute par un tir soudain déclenché à une quinzaine de mètres du but italien. En dépit de leurs efforts et de multiples occasions, les Italiens ne parviennent pas à égaliser en deuxième mi-temps. La Corée du Nord se qualifie pour le second tour à la surprise générale. Le contraste entre les Italiens rentrant au vestiaire têtes basses et la liesse des Coréens du Nord est saisissant.

Du côté transalpin, cette défaite est vécue comme une « catastrophe ». Les joueurs sont accueillis à l'aéroport de Gênes par des insultes et des jets de tomates. Le sélectionneur, Edmondo Fabbri, est en particulier accusé d'avoir abandonné la tactique du catenaccio : c'est l'ensemble du modèle italien en matière de football qui est remis en cause. Pour le Giorno : « c'est la plus grande honte de notre histoire, non seulement celle du football, mais aussi celle du sport transalpin tout entier ».

Mais, plus encore, cette défaite touche à l'orgueil national et reste à jamais marquée dans la mémoire du pays au même niveau que les débâcles militaires d'Adoua subie en 1896 face aux troupes éthiopiennes ou de Caporetto en 1917. L'expression « c'est la Corée » devient d'ailleurs une formule langagière sarcastique par laquelle il est fait allusion à un revers subi dans des conditions initialement avantageuses.

Du côté coréen, la victoire prend des allures de revanche dans la confrontation idéologique entre l'Est et l'Ouest dont le pays est le théâtre depuis la guerre et la partition de la péninsule. Les joueurs, malgré leur défaite contre le Portugal d'Eusebio (5-3), après avoir mené 3 à 0, en quart de finale, sont érigés au rang de héros de la nation et portés en triomphe à leur retour. Kim Il-sung fait de la victoire de son équipe et des manifestations de sympathie qu'elle a suscitées en Angleterre une source supplémentaire de légitimation d'un des régimes totalitaires les plus radicaux au monde.

La coupe du monde 1966, la seule à laquelle ait participé la Corée du Nord, et plus particulièrement le match contre l'Italie ont donc constitué une des rares occasions pour ce pays de sortir de sa mystérieuse opacité et de se présenter au monde entier sous un jour rayonnant et attachant.

Merci à Stéphane et au site www.wearefootball.org

 

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