USA-Espagne 2009 : un nouveau miracle à l'américaine

Voilà qui tombe bien… au moment où j’entame la série des surprises du siècle, le soir même les Etats-Unis éliminent l’Espagne (2-0) en demi-finale de la coupe des confédérations. Si j’écoute l’Experte Marion B., qui allait miser 10 euros à Cote et Match sur les Etats-Unis et devait en remporter plus de 100, ce n’est pas une surprise : « Je le sentais. Je ne sais pas pourquoi, les Américains peuvent faire ce genre de choses. Ils croient toujours en leur chance. Peu importe qui joue en face. En écoutant les côtes de Luis Attaque sur RMC dans l’après-midi, quand Luis prédisait une victoire facile de l’Espagne, j’ai senti le gros coup arriver et je l’ai annoncé ».

Mais Marion B. est sans doute l’une des seules à avoir annoncé ce succès historique. Personnellement je n’y croyais pas, ce qui a provoqué une vive discussion dans la voiture entre nous. Et vous ? Comment penser, malgré la fatigue, que l’Espagne pouvait s’incliner ? Les Espagnols venaient de remporter 15 matches consécutifs. Aucune nation ne l’avait jamais réalisé. Et avec 35 matches de rang sans défaite au compteur, la formation de Del Bosque pouvait battre hier soir le record du Brésil 1996, avec 36 unités. Il suffisait d’un nul.

Mais les USA, réduits à dix après leur second but, n’ont pas tremblé. Avec deux tirs cadrés contre huit, certains pourront crier au scandale. Mais il faut remarquer que dans les derniers instants l’arbitre a signalé à tort deux hors jeu qui allaient mener à des face à face entre Casillas et les attaquants américains, partis seuls au but… donc il n’y a pour nous rien à redire.

Si ce n’est que cet exploit rappelle un autre phénomène à l’américaine, très justement intitulé Le Miracle sur glace, qui a même inspiré un film à Gavin O’Connor en 2004 (« Miracle »). L’événement s’est produit aux jeux Olympiques de 1980, à Lake Placid (USA).

Les USA avaient affronté l’Union Soviétique en demi-finale du tournoi olympique de hockey-sur-glace, le 22 février. Au même moment, sur le terrain politique, l’URSS envahissait l’Afghanistan et provoquait l’ire des Américains qui, en guise de représailles, boycotteront les JO de Moscou, quelques mois plus tard.

Lors de cette rencontre, le Soviétiques, auteurs d’un sans-faute jusque là, alignaient leur équipe type. Et quelle armée rouge : les Soviétiques avaient trusté les cinq derniers titre olympiques ! De vraies légendes telles que Boris Mikhailov, Alexander Maltsev, Vladimir Petrov, Valery Kharlamov et le gardien Vladislav Tretiak. Rien que ça…

En face le coach US, Herb Brooks, avait choisi les meilleurs joueurs universitaires, jeunes et inexpérimentés, quelques semaines avant le tournoi, au détriment des grandes stars de la NHL. Brooks privilégiait des minots comme Strobel, Eruzione ou Schneider, avec une forte rage de vaincre, en oubliant les vedettes nanties de la Ligue majeure. Une hérésie pour de nombreux Américains qui craignèrent l’humiliation.

Avec une moyenne d’âge de 21 ans, et quasiment aucun match de championnat pro pour la plupart des joueurs Yankees, cela aurait pu tourner au cauchemar. La preuve : au Madison Square Garden de New York, une semaine avant le tournoi, l’URSS avait littéralement étrillé cette jeune formation des USA… 10 buts à 3 !

Mais en ce 22 février, le légendaire fighting spirit américain, mélange de confiance en soi et de défiance envers un adversaire réputé plus fort, allait porter ses fruits. Malgré un but rapide de Krutov (1-0), puis un second de Makarov (2-1), les USA s’accrochent. Johnson égalise mais Maltsev redonne l’avantage aux Russes, (3-2). Puis Jonhson porte la marque à 3-3 au début du dernier tiers-temps. Les USA, qualifiés cahin-caha pour les demi-finales, croient désormais dur comme fer à leur chances. En face, l’URSS doute. C’est déjà une première en soi.

A dix minutes du terme, Eruzione marque le but de la victoire (4-3) et laisse son gardien, le phénoménal Jim Craig, résister comme un fou aux incessants assauts soviétiques. Une improbable guerre de tranchée sur glace que remportent les américains totalement hystériques au dernier coup de sifflet. La finale contre la Finlande ne sera qu’une formalité. Dans l’euphorie les étudiants US s’imposent 4-2 et remportent une des médailles d’or les plus ahurissantes de toute l’Histoire du sport olympique.

Altidore et Dempsey, les deux buteurs héros face à l’Espagne, en demi-finale de la coupe des confédérations, avant-hier soir, connaissaient t-il l’histoire du miracle sur glace, écrite par leurs compatriotes 29 ans plus tôt ? En tout cas, ils ont contribué à un nouveau miracle, sur herbe celui-là.

Mais ne nous y trompons pas. Le succès des Américains sur les Espagnols est au moins aussi exceptionnel que celui des hockeyeurs US face aux Soviétiques. Jean-Luc Arribart, consultant sur Eurosport, qui commentait le match, analysait à chaud mercredi soir : « Ce n’est pas une équipe bis espagnole, ce n’est pas une équipe démotivée. Ce soir, c’était les vrais joueurs, Xavi, Torres, Villa, Casillas, Puyol.  Et c’était une demi-finale ».

Il s’agit donc d’un authentique exploit, d’une des surprises du siècle. Europeangoldfoot ne pouvait pas y rester insensible. Nous avons voulu rendre cet hommage aux Américains, quasiment éliminés après leur deux défaites initiales en poule (0-3 et 1-3 contre le Brésil et l’Italie). Puis ressuscités. En finale pour une revanche face au Brésil ?

Peut-être pas. Mais battre cette Espagne-là valait déjà le coup de projecteur. Les Américains étaient sans doute les seuls à pouvoir y parvenir, jamais battus et toujours combattifs.

Yes, they can ! Et ils ne sont pas privés de le faire...

Cédric DROUET

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