Argentine - Pérou 1978 : Le 6-0 de la dictature

Fiche technique :

Coupe du monde 1978, à Rosario (Arg). Argentine 6, Pérou, 0.

Buteurs : Kempes (21e, 49e), Tarentelli (43e), Luque (50e, 72e) et Housemann (67e)

 

         Ah, Argentina-Perú 1978 ! Il s’agit du dernier match de la seconde phase de poules de la coupe du monde 1978, organisée… en Argentine. Un pays qui n’a d’ailleurs pas son pareil en matière de scandale tant les Angleterre-Argentine 1986, Allemagne-Argentine 1990, ou Angleterre-Argentine 1998 ont fait couler d’encre. L’Histoire du foot le prouve, quand les Gauchos jouent, il faut s’attendre à tout.

En cette année spéciale qui marquera le décès du Pape Jean-Paul Ier un mois et deux jours après son élection, l’Argentine vit dans une junte militaire dirigée d’une main de fer par le « Général » Jorge Rafael Videla, dictateur qui mène la Guerre Sale : de nombreux opposants de gauche sont torturés, assassinés ou portés disparus. Deux ans plus tôt, il a renversé le régime d’Isabel Peron et installé le pays dans une terreur permanente.

C’est dans ce contexte de crise que les Argentins accueillent la coupe du monde. Secrètement, le peuple rêve d’un premier succès Albiceleste sur la scène mondiale. Facilement qualifiés au premier tour, les hôtes de la compétition se retrouvent mal embarqués dans la seconde poule qui comprend le Pérou, le Brésil, et la Pologne. Digne héritière du fabuleux Brésil 1970 de Pelé, la bande à Zico fait figure de favori dans ce groupe. L’Argentine le sait, elle ne peut pas le battre. Lors du second match, elle « accroche » donc le 0-0 face à son ogre de voisin, en pourrissant littéralement le jeu. Les Argentins fracassent les artistes brésiliens, sous l’œil conciliant d’un arbitre hongrois, Mr Palotsi, dont la bienveillance confine au troublant. En ces temps où la corruption règne en maître, cet homme de l’Est est la première cible d’un scandale latent.

Les pressions diverses ayant permis à l’Argentine de connaître à l’avance son calendrier, les locaux disputent donc, le 21 juin, son ultime rencontre face au Pérou… trois heures après le Brésil-Pologne ! A cet instant, le Brésil mène la danse avec deux points d’avance et une différence de buts supérieure (+ 5 contre +2). L’Argentine doit donc s’imposer par 4 buts d’écart, dans son Estadio Gigante de Rosario Central. Pas simple : l’adversaire du jour péruvien traverse la période la plus faste de son existence footballistique. La génération dorée des Chumpitaz, redoutable défenseur, du brillant Cubillas a remporté la Copa America trois ans plus tôt, en 1975. Un authentique exploit.

Personne n’ose imaginer le Pérou se présenter en victime expiatoire. Un acteur, pourtant, ne va pas tarder à entrer en scène : le gardien Ramon « Chupete » Quiroga, qui fête son anniversaire ce jour-là. Né en Argentine à… Rosario, la ville même où se déroule cette affiche, Quiroga fut naturalisé Péruvien quelques mois seulement avant le mondial argentin. Ce soir-là, dans la bouillante arène du Gigante, à quelques centaines de mètres de la clinique qui l’a vu naître, Quiroga encaisse but sur but. Incapable, ou presque, d’effectuer un arrêt devant les articificiers Kempes (2), Tarentelli, Luque (2) et Housemann qui font feu de tout bois.

La légende voudrait que les Brésiliens, certains d’être lésés, se trouvaient déjà dans l’avion du retour à l’heure du coup d’envoi d’Argentine-Pérou. Car seul le premier du groupe accède à la finale, contre les Pays-Bas. Avec ce retentissant 6-0, arbitré par le Français Robert Wurtz, l’Argentine valide son pass pour la gloire.

Sans cesse harcelés à l’hôtel, chaque nuit, par d’anonymes coups de fil, les Hollandais abordent la finale les traits tirés. Le début du match est retardé par les Argentins qui réclament le forfait du Batave René Van de Kerkhof, pour une sombre histoire de plâtre dangereux au poignet. Effet garanti : livrés à eux-mêmes un long moment sous les huées d’une foule qui les conspue, criblés de rouleaux de papier toilettes et de piles, selon le niveau de rudesse des Ultras gauchos, les Néerlandais craqueront en prolongations.

Petit détail de l’histoire : les Pays-bas ont disputé le tournoi sans leur idole, meilleur joueur du monde de l’époque, Johan Cruijff. Victime d’une tentative d’enlèvement au cours de laquelle « le maître » et sa famille furent menacés avec une carabine, a poussé Cruijff à renoncer à l’aventure argentine. Selon ses dires, ses ravisseurs avaient un fort accent sud-américain. Et il se murmure que le Général Videla, soucieux de mettre toutes les chances du côté argentin, fut le commanditaire de cette « opération d’intimidation ».

Le pari de Videla est gagné, « son » Argentine a remporté la première coupe du monde de son histoire. Et le peuple meurtri s’oublie dans une indescriptible liesse populaire, quelques semaines durant. Pour l’Argentine, ce mondial 78, c’était vraiment le Pérou !

Cédric D.

Les buts en images : cliquez sur la vignette  Argentina-Peru 1978

Commentaires (4)

1. Cédric, wbm 29/03/2010

oula stephane, ca fai longtemps.. ce doit pas etre dur a trouver, certains sites proposant les affiches officielles de toutes les coupes du monde depuis la première de 1930.

2. stefane 28/01/2010

Bravo pour votre rubrique !!!!
Question : savez-vous où trouver cette magnifique qui vous sert d'illustration ?

Merci d'avance,
stefane

3. Cédric, wbm 15/05/2009

merci M.pour ce gentil compliment La suite devrait arriver sous peu, je m'y attele

4. M. 15/05/2009

SUPER ce top 5 ! j'ai hate de voir tous les dossiers !!!


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