Avellino-Perouse 1979 : les prémices de l'affaire du Totonero

        

        Il est arrivé que les footballeurs italiens soient sur le pont pendant les fêtes. Entre le 25 et le 31 décembre, dans une division limitée à 16 clubs, une journée de championnat rythmait les houleuses conversations de famille lors des repas de Noël. Les mains gesticulaient et les voix se haussaient entre le patriarche et ses apôtres autour des tables.

     Une fois la bénédiction proférée, surgissaient naturellement les sempiternelles altercations entre l’oncle supporter de la Juve de Roberto Bettega et le grand-père partisan de l’Inter emmené par Alessandro Altobelli. Rien ne pourrait les mettre d’accord. Jamais.  Et, comme souvent, la mama ne pipait mot, se contentant de servir religieusement les traditionnels mets, régalant simplement ses convives avec sa soupe aux tortellini, son crostini au foie de volaille, ses panettoni et en dessert le Panforte. Souvent au moment où elle intervenait, l’oncle et le grand-père étant sur le point de s’étriper…

En ce début d’hiver 1979, pourtant, une fois n’est pas coutume, les mastodontes du championnat n’alimentent pas les polémiques familiales. Non, cette année une affiche du bas de tableau de Série A défraie la chronique : Avellino – Perouse (Perugia pour les puristes).

Ces deux équipes achèveront la saison aux 12e et 10e place. Leur match nul (2-2), sera pourtant le point de départ des révélations qui vont engendrer le premier vrai scandale dont l’Italie ne pourra faire l’économie sur la scène médiatique internationale.

Le 30 décembre, à l’occasion de la 14e journée de championnat, la modeste équipe d’Avellino, située à quelques kilomètres du sud napolitain, reçoit Pérouse pour un duel qui sent la poudre.

La rencontre, peu emballante, s’achève toutefois sur un score de parité. Côté Pérouse, Paolo Rossi, le jeune et prometteur attaquant transfuge de Vicenza, qui inscrit les deux buts. Une semaine plus tard, le 6 janvier 1980, Milan accueille et bat la Lazio (2-1) pour le compte de la 15e journée…

Jusqu’ici rien d’anormal. Mais depuis l’été 1978, plusieurs rumeurs font état d’un trafic d’origine mafieuse, qui rongerait le foot italien de l’intérieur. Selon certains journalistes, le Totocalcio (l’équivalent de l’ex Loto Sportif en France, aujourd’hui Loto Foot) serait l’objet de controverses. De l’argent noir circulerait (d’où le nom : Totonero) et certains matches seraient truqués, impliquant les joueurs, pour que les parieurs s’enrichissent à volonté. Rien n’est encore prouvé, jusqu’à cette maudite semaine noir d’Avellino-Pérouse et Milan-Lazio.

Quelques jours plus tard, deux commerçants romains, Alvaro Trinca et Massimo Cruciano, portent palinte. Le premier est gérant du restaurant Le Lampare, peu réputé dans la capitale. Le second, un confidentiel vendeur de légumes. Joueurs à leurs heures, les deux amis, ulcérés par leurs dernières pertes, veulent récupérer l’argent perdu en démontrant, par la voie judiciaires.

Une enquête est ouverte et les conséquences seront terribles. De même que les preuves accablantes. Soupçonné de s'être partagé la somme de 8 millions de lires, Paolo Rossi, qui clame son innocence, est tout de même suspendu trois ans, avant que sa peine soit ramenée à deux. Rossi, symbole du Totonero, va pourtant hurler son innocence. Il prétendra toujours avoir refusé l'argent mais accepter de marquer deux buts pour parvenir au score de 2-2.

Le Milan sera officiellement relégué en Série B, avec une pénalité de 25 points.

Certains de ces joueurs prennent cher : Albertosi (4 ans), Morini (1 an) et Chiodi (6 mois), sont bannis. Pire, le président du club lombard, Felice Colombo, est interdit à vie de terrain de football. La Lazio sera également plongée en seconde division. Jamais lâché ni par la presse, ni par Enzo Bearzot, le sélectionneur italien, Paolo Rossi reviendra en 1982, quelques mois avant la coupe du monde. Bearzot fera appel, on connaît la suite : trois buts en "quarts" contre le Brésil de Falcao (3-2), deux contre la Pologne de Lato en demies (2-0), un contre l'Allemagne de Rummenigge (3-1) en finale, font de lui le meilleur buteur du mondial espagnol, remportée par la Squadra Azurra.

Une éternelle Italie éclaboussée par le scandale, humiliée par les médias internationaux. Mais une triomphante formation transalpine qui, à l'image de Paolo Rossi, renaîtra de ses cendres tels le phoenix et soulèvera le trophée.

Comme elle le fera en 2006.

Epilogue

 En 2006, la péninsule italienne fut ébranlée par le « Moggiopoli ». Une affaire qui tire son nom du président de la Juventus de Turin à l’époque, Luciano Moggi. A l’issue d’édifiantes écoutes téléphoniques il a été prouvé que certains clubs choisissaient les arbitres pour diriger leurs rencontres, qu’ils en payaient d’autres sous forme de cadeaux, voyages, ou même de prostituées pour infléchir les résultats en leur faveur.

Certaines rencontres auraient aussi été arrangée. Conséquences du scandale : rétrogradation de la Juve en Série B, qui se voit retirer ses titres de 2005 et 2006. Le Milan, la Fiorentina et la Lazio de Rome débutent leur championnat 2007 en Série A, certes, mais avec une flopée de point de retard !

Un scandale qui fera couler énormément d’encre chez nos voisins transalpins, coutumiers du fait : mais il y a trente ans, une rencontre de bas de tableau de première division avait, pour la première fois, mis le football italien a feu et à sang.

 

Cédric Drouet

 

 

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