OM - Benfica 1990 : La main de Vata ou comment Bernard Tapie a compris

Pas de drame international pour ce dernier match à scandale. Pas d’affaire mafieuse non plus, d’histoire de races, ni de contexte politico-social tendancieux. Plutôt que d’évoquer pour conclure la série, le VA-OM qui plongé le club marseillais dans un marasme dont il ne s’est jamais vraiment remis (aucun trophée depuis 1993), revivons plutôt un match dans lequel Marseille fut la victime.

Un match étrange, s’il en est, mais qui a peut-être lancé, d’une certaine manière, la légende de l’OM. Les demi-finales de cette coupe d’Europe des clubs champions 1989-1990 opposent Milan, tenant du titre, au Bayern Munich, et Benfica à Marseille. Au match aller, l’OM, emmené par Mozer (ex Benfica), Francescoli (ex Matra Racing), Tigana (ex Bordeaux), Di méco, Papin, Waddle, Amoros, se régale.

benfica - OM (la main de Vata) (Benfica - OM : la main de Vata en direct, commentée par Thierry Roland et Jean-Michel Larqué)

Certes, il y a eu ce but inscrit par Lima sur corner, dès la 10e minute de jeu, qui laissa figé un Castaneda pétrifié dans le but. Ah, Castaneda, le brave Jean sorti de sa pré-retraite par Gérard Gili. En quart de finale, Gaëtan Huard, le portier titulaire, effectue une sortie kamikaze face aux Bulgares de Sofia. L’OM n’avait pourtant plus rien à gagner, possédant plusieurs buts d’avance. Bilan un but contre son camp et une double fracture tibia-péroné pour Huard qui se heurte à l’un de ses partenaires.

Qu’à cela ne tienne : même avec un but de retard, et bien que Castaneda ne soit pas exactement l’assurance tout risque dans le but, l’OM va développer ce soir là une merveille de jeu collectif. Sauzée et Papin lui donnera un avantage mérité (2-1) mais bien léger en rapport avec la domination du jour. « Nous aurions pu en mettre sept », avoue Sauzée après la rencontre. « Jamais nous n’avions joué comme ça. C’était incroyable », déplore presque le milieu marseillais. « Je ne pensais pas que Marseille pourrait intensifier à ce point son niveau de jeu en seconde période », déclare l’entraîneur suédois du Benfica Lisbonne, Sven-Goran Eriksson.

Le match retour, au Estadio de la Luz, à Lisbonne, est un combat de tous les instants. Si aujourd’hui Hernani, la quarantaine bien tassée, fait le spectacle en Beach Soccer sur les plages du Prado chaque année, à l’époque le jeune et fringant milieu portugais martyrise la défense olympienne. A la 83e minute, les Portugais obtiennent un corner. Magnusson, un patronyme pourtant apprécié jadis sur les bords du Vieux Port, détourne de la tête sur son coéquipier Vata.

Vata… Aujourd’hui, dix-neuf plus tard, prononcez encore son nom du côté de la Canebière et vous entendrez votre vis-à-vis déversez sur vous un torrent d’insultes. Le remplaçant portugais, entré à la 53e minute à la place de Lima (le buteur du match aller, un signe ?), catapulte le ballon de la main. A l’antenne, les voix nasillardes de Thierry Roland et Jean-Michel Larqué, étouffées par la liesse collective d’une Luz incandescente, mettent quelques instants (et trois ralentis) avant de se rendre-compte de la supercherie.

Le onze marseillais, fou de rage, se jette comme un seul homme sur monsieur Van Langenhove, pour lui réclamer une main existante et volontaire. Celui-ci ne bronche pas. Le but est accordé. Larqué geint en vain dans son micros, et les gesticulations provocantes d’un Bernard Tapie écoeuré n’y changeront rien. L’OM, battu au bénéfice du but marqué à l’extérieur (2-1, 0-1), se voit claqué net les portes de la finale au nez.

Nanard,  en président malin, prophétisera après la défaite : « L’arbitre n’était pas honnête. Ce soir il a qualifié Benfica. Ce soir, moi, j’ai compris comment faire pour gagner une coupe d’Europe ». Et tel le corbeau de la fable, jura, mais un peu tard « qu’on ne m’y reprendra plus ».

Un augure qu’il ne classera pas sans suite : l’année suivante, l’OM de Tapie élimine en quart de finale le grand Milan de Berlusconi (1-1, 1-0). Alors que les Marseillais mènent à trois minutes de la fin au retour, dans un stade Vélodrome au bord de la syncope, l’un des projecteurs explose. Berlusconi et les Milanais tentent un coup de bluff en refusant de reprendre le jeu et en quittant le terrain. Leur objectif : faire rejouer le match. 

Mais l’UEFA accorde sa qualification à l’OM. La légende raconte que les dirigeants européens avaient été tellement bien traité par Tapie, lors de leur séjour phocéen, que cela influencera leur décision de donner en prime le match retour 3-0 à Marseille sur… tapis vert.

En 1993, les Russes du CSKA Moscou se déplacent à Marseille lors du 4e match . Tapie tient à éviter l’écueil. Car si l’OM l’emporte, les Provençaux garderont toutes les chances de se qualifier pour la finale de Bari, face à Milan. Cette fois la légende n’est pas travestie : la veille du match, Tapie piège les joueurs russes avec un stratagème devenu mythique. Lorsqu’ils rentrent de l’entraînement, vers 20 heures, les Moscovites apprennent qu’ils partagent hôtel avec des « coiffeuses », venues à Marseille pour un congrès. 

En réalité, les prostituées mises à disposition feront passer une très éprouvante nuit aux footballeurs soviétiques, qui encaisseront le lendemain un cinglant 6-0 qui qualifiera quasiment l’OM. Des méthodes douteuses qui feront entrer l’OM dans l’histoire quelques semaines après. Un certain 26 mai 1993. Loin, bien loin, du scandale qui couve à Valenciennes, depuis le VA-OM joué une six jours plus tôt…

 

Cédric DROUET

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