Standard-Watershei 1982 : Gerets et Goethals éclaboussent la Belgique

Pour ce troisième volet des matches à scandale les plus controversés du siècle, je vous emmène en Belgique.  Direct Liège, une fois…

Nous sommes en 1982 et un match, un seul, s’apprête à éclabousser pour toujours le football belge. Sans le savoir, il plongera l’un des ses plus dignes représentants, le prestigieux Standard de Liège, dans une torpeur léthargique qui durera 25 ans.

Il ne reste qu’une journée de championnat à disputer, et l’équipe entraînée par un certain Raymond Goethals pointe en tête, avec deux longueurs d’avance sur son éternel rival, Anderlecht. Quelques jours plus tard, le Standard de Liège, alors au sommet de son art, disputera même la finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupes face au FC Barcelone (défaite 1-2).

Dans son antre de Sclessin, réputée pour la ferveur de ses fidèles et bruyants supporters, le Standard des Gerets (tiens, tiens…), Prud’homme, Théo Poel et consorts ne peut pas perdre. L’armée Rouche savoure le titre avant même l’ultime journée : comment croire que le sacre pourrait leur échapper dans la mesure ou Liège reçoit le discret Thor Waterschei, 9e du championnat et déjà en vacances.

Seulement, un détail chagrine Goethals. Il avait entraîné en Belgique : Anderlecht pendant trois ans, entre 1976 et 1979. Il avait même gagné la coupe d’Europe des vainqueurs de Coupes avec ce club, mais jamais le championnat belge. Trois ans, trois fois second ! Et Goethals de se croire, rongé par la suspicion, victime d’un complot. Alors, pour s’assurer d’un succès quasi acquis pour son retour dans sa contrée chérie, il va convoquer, le capitaine de son équipe du Standard, Eric Gerets. 

Lors de la rencontre, comme prévu, le Standard de Liège domine, s’impose (3-1), et se heurte même aux réflexes du gardien Allemand Pudelko. Tout semble normal. Rien ne laisse présager d’une si funeste issue. Il faudra 21 mois et l’obstination des magistrats saisis de l’affaire pour connaître l’édifiante réalité.

Tout s’accélère le 22 février 1984 lors d’une perquisition à Sclessin. Devant le fait accompli, deux jours plus tard, Goethals et son adjoint avouent avoir commis des faux afin d’éluder l’impôt inhérent aux primes de victoire des joueurs de Liège face au Waterschei. Le 28 février, Eric Gerets est interrogé. C’est lui qui fut chargé par Goethals de contacter Rolland Janssen, capitaine de Waterschei (Gerets et Janssen étaient très amis dans la vie). Le deal est simple : pour aider Liège à remporter le titre et afin d’épargner les joueurs de tout risque de blessure avant la finale de coupe d’Europe contre Barcelone, les joueurs de Watershei devaient lever le pied. En échange, ils se partageaient un beau gâteau : toutes les primes de victoire des joueurs du Standard !

La Belgique ne tardera pas à apprendre que l’argent noir de l’affaire du Standard-Watershei avait été répertorié dans un petit cahier d’écolier caché dans les bureaux du club, sous la laconique appellation : « Goethals-Genk : 500.000 F :150.000 F ».

Le Standard fut déchu de son huitième titre, celui de 1983, dans la foulée. Il ne sera plus sacré avant 2008, soit vingt-cinq ans après le scandale qui provoqua l’exode de ses stars et repoussa par la suite de nombreuses vedettes peu enclines à évoluer chez les Rouches. Avant de mourir Goethals avait avoué que « le scandale avait tué le Standard » et qu’il en était « profondément désolé ». Gerets, quant à lui, à toujours du mal à parler de cette histoire. Il a simplement évoqué l’an passé « une connerie de gamin, que je regrette, comme celles qu’on fait à vingt ans et plus à quarante ».

 

EPILOGUE : Gerets – Goethals, destins croisés…

En France, sur la Planète Marseille plus exactement, nous avons appris depuis deux ans à faire connaissance avec un vieux beau à l’accent goguenard, Eric Gerets. Affectueusement surnommé « Le Lion de Rekem », sa ville natale en Belgique. Gerets, en effet, possède le tempérament du lion : il est conquérant : en tant qu’entraîneur, il a conquis le titre de champion des Pays-bas six fois avec le PSV Eindhoven (plus une Ligue des Champions en 1988) et deux titres avec les « Rouches » du Standard de Liège.

Mais on y reviendra. Gerets coach a montré aussi l’étendue de son talent et de son aura : partout où il passe, Gerets gagne ! Il entraîne le modeste Lierse trois ans, en Belgique : champion en 1997 ! Il prend ensuite les destinées de Bruges en main : champion en 1998 ! Il retourne rendre à Eindhoven ce que le PSV lui avait jadis donné aux Pays-Bas : champion en 2000 et 2001. Gerets teste la bouillonnante température du football turc, dans l’enfer de Galatasaray : champion en 2006.

Eric Gerets possède également la bravoure du lion. Il arrive en France et dès son deuxième jour annonce qu’il veut détrôner… Lyon, qui règne en maître depuis sept ans sur la Ligue 1. En Turquie, il repousse à lui seul les plus chauds des Ultras de Galatasaray qui, un soir de défaite, veulent envahir le stade. Son appel au calme, seul contre tous, marchera. Sa légende se construit. Enfin, pour ceux qui se souviennent du joueur, sa longue chevelure blonde permettait une idéale comparaison à la crinière du fauve dominant sa jungle.

En France, sur la planète Marseille plus exactement, nous avions appris à apprécier dans les années 1990 la bonhomie d’un autre entraîneur belge, le regretté Raymond Goethals, foudroyé par la maladie en 2004. Qu’on aime ou non l’OM, qu’on prétende ou pas qu’à l’époque Bernard Tapie imposait l’équipe à Goethals, nous reconnaissons à Raymond la science l’immense mérite d’avoir fait gagner au football français son unique Ligue des Champions, en 1993. Le sorcier belge, pour l’éternité, nous aura conduit au « Jour de gloire », comme le titrera L’Equipe au lendemain de la finale Milan-OM.

Las. Goethals et Gerets les deux Grandes Gueules, s’étaient déjà rencontrés… C’était il y a bien longtemps et avec le recul il est surprenant de constater à quel point leur destin commun s’évertuera à épouser leur vie respective.      

Commentaires (1)

1. Chris 11/08/2009

"...sa longue chevelure blonde..." Faut revoir ses sources...

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