Pelé contre Viktor (Brésil-Tchécoslovaquie), Banks (Angleterre) et Mazurkiewicz (Uruguay) en 1970

Dernier volet de la série "un nom, un geste", la "Pelé".

Pour rendre un hommage au meilleur joueur de tous les temps, vainqueur des coupes du monde 1958, 1962, et 1970, il fallait se souvenir de ses buts. De son premier en sélection, lors d'un quart de finale de coupe du monde, face au Pays de Galles, sur lequel Pelé enchaîne sombrero sur le dernier défenseur et frappe en force. A son 1000e, sous le maillot de Santos, son club de coeur : un penalty raté. Trop déçu de n'avoir pas assisté à l'événement, l'arbitre du match fera retirer Pelé. Au Maracana, face à Vasco de Gama, Pelé ne manquera le second essai. Pour l'anecdote, Pelé, c'est 1281 buts en 1363 matchs officiels. En 1964, il inscrit 8 buts dans un match de championnat contre Botafogo. Six fois dans sa carrière, il marquera cinq buts dans une même partie. Il réalisera aussi 31 quadruplés, 89 triplés, 186 doublés... Des statistiques vertigineuses, pourtant...

Pelé est aussi célèbre pour ses "ratés". A au moins trois reprises, lors de la coupe du monde 1970, Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, s'est vu fermé la porte du but au dernier instant, par l'infortune, la maladresse ou le brio du portier adverse. Mais ses trois actes manqués légendaires ont également fait rentrer Pelé dans l'histoire. Et encore aujourd'hui le nom des acteurs concernés par ces trois actions sont cités lors d'actions similaires. Car il s'agit d'occasions de Génie.  

3 juin 1970, Guadalajara (Mexique). Premier tour : Brésil – République Tchéque (4-1) ; gardien adverse : Viktor.

Le Brésil, grandissime favori emmené par Jairzinho, Tostao, Rivelino, Carlos Alberto, affronte la Tchécoslovaquie. Mine de rien, un remake de la finale 1962, remportée 3-1 par le Brésil. Pelé, l'avant centre auriverde, va tenter lors de cette rencontre, son premier coup de génie de la coupe du monde 1970. Le score est bloqué à 1-1. Pelé, dans le rond central, voit Viktor légèrement avancé. Sans hésiter, il effectue un lob de plus de 50 mètres.

 Un calcul que des scientifiques viendront réaliser après le match sur la pelouse, à partir du point d'impact de la frappe de Pelé. Le ballon s'élève dans les cieux de Guadalajara, puis retombe à une vitesse prodigieuse. Certains spectateurs présents ce jour-là compareront la trajectoire du tir à une véritable comète. Jamais encore un joueur n'avait fait preuve d'une telle audace, d'une ingéniosité aussi folle, initiée, quasiment dictée par la confiance d'un créateur au sommet de son art.

Viktor, apparament battu (lui-même ne l'avouera jamais vraiment par la suite), regarde la tentative avorter. Le ballon passe à quelques centimètres du poteau, sans trouver le cadre. Pelé marquera au cours du match, remporté 4-1 par le Brésil. Depuis quarante ans d'autres joueurs tenteront (et réussiront un lob du milieu de terrain). On pense par exemple à celui d'un petit espoir prometteur nommé David Beckham, avec Manchester, contre Wimbledon en 1996. Beckham marquera de son propre camp. Mais Pelé reste le pionnier de ce genre de geste.

 7 juin 1970, Guadalajara (Mexique). Premier tour : Brésil – Angleterre (1-0) ; gardien adverse : Gordon Banks.

Pelé vs Banks 

Deuxième match, deuxième éclair de génie signé Pelé. La rencontre opposant les vainqueurs des deux dernières coupes du monde est splendide. Haletante au possible, disputée dans une moiteur estivale accablante. Les spectateurs suffoquent, asphyxiés par une atmosphère torride et les coups chaleur provoqués par la multitude d'occasions. Le match devient fou, étouffant. Le centre de Jairzinho, en début de seconde période, statufie les soixante-dix mille visages scrutant le but anglais. Comme ce demi-dieu qu'il est déjà dans le coeur du peuple brésilien, Pelé s'élève. Il s'envole presque, au-dessus d'Allan Mullery, le défenseur so british qui n'a pas vraiment daigné sauter. A quoi bon. Pelé a pris l'habitude de bondir toujours plus haut, de jouer toujours plus juste, de réfléchir toujours plus vite que les autres joueurs.

Et Pelé smashe. De la tête. Le dernier rempart de l'équipe d'Angletere s'appelle Gordon Banks. Pas un premier venu. Il était titulaire quatre ans plus tôt, lors de la finale 1966 contre la RFA. Mais il est vieillissant, Banks, décrié même par les sujets de sa Majesté. Soudain, le vieux Gordon a un flash : il plonge sur sa droite. Dans l'article "le plus beau but du monde", paru dans le numéro 23 de Tecknikart, Daniel Picouly raconte cette anecdote : "A cette distance, Banks sait qu’il ne pourra rien. Sauf réflexe d’insecte. Tout à coup, au moment de marquer ses appuis, un pied ripe. Il ressent une violente douleur dans l’œil. Déjà, ce matin cet œil droit l’avait fait souffrir. Un moucheron s’était planté dedans à l’entraînement. Et tout de suite, cette impression que le globe voulait sortir de son orbite. Il l’avait dit à Mitchell, le médecin de l’équipe. Trois gouttes de collyre. Et c’était reparti. Bonelli son remplaçant avait dû ranger ses gants. Pelé a piqué sa tête. Gordon Banks en était sûr. Trop commun la lucarne pour un roi".

Voila comment Pelé a"marqué un but que Banks a arrêté". Une phrase prononcée par Pelé en personne, après la rencontre. Les journalistes demanderont a Banks comment il avait effectué "l'arrêt du siècle"... Le portier anglais ne trouvera aucune parade pour justifier la sienne. Jairzinho a centré, Pelé a tenté, Banks s'est interposé. Quelques minutes plus tard, Pelé centrera pour Jairzinho. Banks ne pourra rien. 1-0. Tout ça pour ça...

 

17 juin 1970, Guadalajara (Mexique) : demi-finale, Brésil – Uruguay (3-1) ; gardien adverse : Ladislao Mazurkiewicz.

 Pelé vs Uruguay

Pelé et le Brésil affrontent l'Uruguay du meilleur gardien de la compétition, Ladislao Mazurkiewicz. Il est aussi le joueur ayant joué le plus de match pour la Céleste (13 en 3 coupes du monde). Ce gardien de but a évolué à Penarol et à l'Atletico Mineiro, au Brésil. Il connaît Pelé. Il l'a déjà affronté. Lorsque la passe en profondeur parvient à Pelé, aux abords de la surface de réparation, Mazurkewicz sort de ses cages.

 Il sait que si il laisse Pelé approcher de son but, il le fixera et le trompera à coup sur. Belle initiative quand on sait qu'à cette époque rares étaient les goals à qui s'aventuraient loin de leur ligne de but. Ce n'était ni la mode du jeu au pied, ni celle des sorties pour les gardiens de but. Mais Mazurkiewicz, dans son domaine, était une sorte de Pelé. Un créateur, un peu comme Lev Yachine, le Soviétique, quelqu'un qui a médiatisé le métier et lui a accordé ses premières lettres de noblesse.

Le public retient son souffle et bien malin celui qui pourrait deviner, lors de la course incurvée de la balle, lequel des deux protagonistes pourrait être le plus prompt à la toucher.

A égale distance du ballon, deux options s'offrent aux héros de cette actions : si Pelé arrive avant Mazurkiewicz, il le dribblera et inscrira le but. Si c'est le gardien urugayen le plus rapide, il se saisira du ballon et annihilera l'offrande.

Tout à coup la consternation saisit le stade : Pelé et Mazurkiewicz, comme deux sprinteurs qui ne seraient pas départagés par une photo finsh, arrivent en même temps sur le ballon. Pelé, dans un geste de corps exceptionnel, fait semblant de le toucher, puis contourne Mazurkiewicz sur sa droite, pendant que le ballon roule sur sa gauche. Le numéro 10 brésilien rectifie sa course, et retourne chercher ce cuir insaisissable que pour le moment, personne n'a retouché une seule fois.

Mazurkiewicz se relève assez vite. Pelé sait qu'il n'a plus d'autre alternative que de frapper en déséquilibre, sans contrôle et presque sans voir le but, car l'angle sera bientôt bouché. Le tir est croisé et pour ne rien arranger, un défenseur urugayen supplémentaire revient comme un obus pour défendre son but. Le ballon ne le percutera pas, cependant. En fait, il frôlera le poteau gauche comme une caresse. Puis filera en six mètres, sans autre forme de procès.  

En 14 jours, Pelé aura exécuté trois gestes d'exception. Guadalajara aura été le théâtre d'une pièce en trois actes, l'atelier de ses oeuvres. En finale son but de la tête et sa passe décisive aveugle pour Carlos Alberto magnifieront la destinée du fameux Brésil 1970. La plus séduisante équipe de tous les temps, inégalée dans sa perfection collective et son aboutissement offensif (19 buts en 6 matches).

Pelé italie

Une constellation d'étoiles jaunes et bleues emmenée par la plus brillante, Pelé. Le seul joueur de l'Histoire à avoir gravé dans les mémoires les buts qu'il n'aura pas marqués.  

Cédric DROUET

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