RFA - Tchécoslovaquie 1976 (2-2, 3-5 tab) : Panenka dans la légende

La Panenka est certainement le geste provenant du nom de son inventeur le plus connu du football. C'est peut-être le plus ancien. Antonin Panenka, contrairement aux autres joueurs que nous citerons en exemple dans ce dossier, n'aurait sans doute jamais eu ses titres de noblesse ni son nom inscrit en lettres d'or dans les encyclopédies du sport sans ce fameux but qui a changé sa vie. Aujourd'hui, il est presque inutile de décrire une Panenka.

Panenka (RFA-Tchécoslovaquie) (Cliquez sur l'image pour voir la Panenka originale)

Du joueur amateur, le samedi après-midi, au spectateur averti devant sa TV, tout le monde s'agit qu'il s'agit d'un penalty frappé en finesse. un tir au but piqué subtilement au centre du but par l'attaquant soucieux de tromper le gardien qui aurait déjà plongé, en anticipant la frappe sur un des deux côtés. Mais il n'est sans doute pas inutile de rappeler la genèse de ce but.

Antonin Panenka est, en 1974, l'attaquant du club méconnu des Bohemians de Prague. Préposé aux coups de pieds arrêtés, il a fait des penaltys une spécialité. Il en manque toutefois quelques uns, parfois. Panenka cherche alors une astuce. Un truc qui pourrait rendre ses pénos quasiment inarrêtable. C'est en 1974, en pariant des bières et du chocolat avec le gardien tchécoslovaque Hruska, que le buteur moustachu mettra définitivement sa technique au point. Après l'entraînement, les deux compères font du rab et Panenka réussi deux... "Panenka", lors du derby contre le Slavia Prague en 1974 et pendant la finale de la coupe de Tchécoslovaquie en 1975.

Devant une assemblée confidentielle et intimiste, toutefois. Impossible, donc, de médiatiser son getse. Il décide donc qu'il tentera, dès qu'une belle occasion se présentera, ce tir un peu magique quand même, auquel personne au monde n'avait encore pensé. Et quelle occasion ! A une époque où le football ne possédait pas son aura médiatique, Panenka patiente jusqu'à l'un des rares matches diffusés en mondiovison : la finale du Championnat d'Europe des Nations 1976. A Belgrade (Ex Yougoslavie), devant une foule hostile, la grande Allemagne, tenante du titre, se voit défiée par la Tchécoslovaquie. Le score final est de 2-2.

Les tirs au but vont départager les deux formations. Dans le rond central Panenka exige de son coach Vaclav Jezek, de tirer en dernier. Et il promet à ses coéquipiers, au courant de rien, de ne pas trembler au moment de conclure, si ces derniers ont fait le nécéssaire avant. Tour à tour Masny, Nehoda, Ondrus et Jurkemik transforment leur essai. 4-3, l'Allemand Uli Honess s'élance... et manque son tir, arrêté par le légendaire Viktor.

 Sans jeu de mots, Panenka se frise littéralement les moustaches. Son scénario, qu'il avait rêvé une bonne dizaine de millions de fois, se réalise. Calme, nonchalant, le dos légèrement voûté par une pression existante, il s'avance vers Sepp Maier. Depuis l'avènement européen de l'URSS de Lev Yachine, en 1964, aucune nation du bloc de l'Est n'a remporté le moindre trophée international. Panenka ne le sait pas encore, mais à ce jour seule la Grèce (en 2004) rééditera un tel exploit.

Sans coup férir, Panenka couche le grand Maier, impuissant, ridiculisé par un tir de mouche que les commentateurs présents croiront d'ailleurs raté, avant de se raviser, après la justification du principal intéressé.

 L'attaquant tchèque utilisera à nouveau ce tir face à la France, au Parc des Princes, lors d'un match amical du début des années 80. Ironie du sort, lorsque la Tchécoslovaquie retrouve, en coupe du monde 1982 la France en poule, Panenka bénéficie encore d'un penalty. Jean-Luc Etorri, le portier français, n'anticipe pas afin de brouiller les cartes. Mais Panenka tire cette fois de manière totalement normale et marque.

Plusieurs joueurs tenteront son geste par la suite. On pense à Mickaël Landreau, qui gardien à Nantes, ratera le dernier tir au but de la finale de coupe de la Ligue 2003 face à Sochaux sur une Panenka. Conspué pour la prétention d'utiliser ce geste à mauvais escient, aussi, Franck Ribery avec le Bayern Munich l'an dernier. Franz Beckenbauer, l'un des dirigeants historique du Bayern, effectuera même un lynchage public à l'égard de Ribery concernant son penalty manqué dans un match de championnat pourtant sans véritable enjeu.

Mais on peut le comprendre : le Kaiser jouait la finale de 1976 avec l'Allemagne. Il était même prévu qu'il tire le cinquième et dernier tir au but germanique. Panenka, en réussissant le sien, privera pour l'éternité Beckenbauer de ce plaisir-là...

Enfin, Zinedine Zidane, avec la France, marquera avec l'aide de la transversale une belle Panenka en finale de la coupe du monde 2006, face à Buffon et l'Italie.

Mais même si la légende entretenue par certains statisticiens, qui tendrait à prouver qu'en 46 tentatives Panenka n'a jamais échoué sur penalty, n'est pas complètement exacte, nous préférerons retenir le nom du génial inventeur issu des brumes de la Bohême, sur les bords du Danube.

Cédric DROUET

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