Anelka : La France est un pays hypocrite

L’attaquant de l’Equipe de France, Nicolas Anelka, a accordé une interview au quotidien 20 Minutes. Un entretien sincère dans lequel le numéro 39 de Chelsea défend Domenech, les Bleus, mais indique qu’il ne reviendra jamais jouer pour un club français.

- En cette fin d’année, tout vous réussit. Vous êtes vous déjà senti aussi fort sur un terrain ?

Nicolas Anelka : Oui et non, ça dépend. J’ai un rôle différent en fait. Quand on me demandait de jouer attaquant de pointe, on ne me voyait jamais faire ce que je fais maintenant. Jouer en décrochage, pratiquement milieu de terrain. C’est pour cela que j’ai toujours voulu jouer en retrait d’un attaquant. Montrer que je peux faire autre chose que marquer des buts. J’ai rarement eu la chance de le faire. Donc pour répondre à la question, je vais dire oui.

 

-         Drogba, avec qui vous jouez en attaque participe beaucoup à votre épanouissement sur le terrain ?

Nicolas Anelka : Quand j’ai signé à Chelsea, je voulais absolument jouer avec Didier devant. Dès la première année, on nous a mis en concurrence. Nous faire jouer tous les deux, c’est la meilleure solution et Ancelotti l’a bien compris. Didier en pointe, et moi, libre, c’est extraordinaire. C’est ce que je voulais.


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Finalement Carlo Ancelotti est le premier entraîneur qui vous comprend depuis votre arrivée à Chelsea…

Nicolas Anelka : Il me laisse m’exprimer sur le terrain. Même si je sais que je ne marquerai pas autant de buts que les saisons précédentes, je prends plus de plaisir. Je n’entre pas sur le terrain en me disant: «Je marque». C’est bizarre en tant qu’attaquant, mais je ne me considère pas comme un buteur. J’entre sur le terrain pour bien jouer, gagner et si j’ai la chance de marquer, c’est encore mieux. Le fait qu’on ait compris mon football me permet d’être bien dans la vie. Je sais que je suis compris. Qu’on n’attend pas de moi juste que je marque des buts.


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Si vous restez à Chelsea à la fin de la saison, vous battrez votre record de longévité au sein d’un club (deux ans et demi). Vous souhaitez même prolonger…

Nicolas Anelka : J’aimerais bien signer encore trois ans de plus. Il me reste un an. Je me vois jouer jusqu’à 34 ans ici. Et ce ne sera pas la fin de ma carrière. Après je ne sais pas. Je peux partir au Moyen-Orient comme au Qatar, Abou Dabi ou aux Etats-Unis. Je ne sais pas. On m’a souvent critiqué pour avoir changé de club. En même temps, c’est bien de vivre des choses différentes, que ce soit en Turquie, en Espagne. Dans tous les domaines, cela m’a enrichi. C’est une mentalité autre que celle de la France.


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Une retraite dorée pour Nicolas Anelka, ça pourrait faire grincer, non ?

Nicolas Anelka : Et alors? Pourquoi mentir, je ne vais pas aller au Qatar pour jouer la Ligue des champions. De toute façon, ça n’existe pas. C’est la vérité.

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Qu’entendez-vous par une « autre mentalité que celle de la France » ?

Nicolas Anelka : C’est spécial. Quand tu as vécu et joué à l’étranger, tu ne peux plus revenir en France. On ne t’accepte plus comme tu étais avant. Ça, je l’ai vécu quand je suis revenu au PSG. C’est pour cela que je ne le ferai pas une deuxième fois. Ce n’était pas ce que je voulais et je n’ai pas envie de le revivre. Ça m’a déçu. On attend de vous que vous vous cassiez la gueule. Ce n’est pas une façon de faire. De la part de tout le monde. En France, il y a un problème avec l’argent. Je l’ai vu. C’est dommage.


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Vous ne supportiez pas les « Anelka, il se la pète » ?

Nicolas Anelka : A l’époque, j’avais une Ferrari. J’avais 20 ans. Beaucoup de gens ne l’ont pas accepté. Aujourd’hui, regardez les voitures des jeunes joueurs de l’équipe de France. Ils ont des voitures plus chères qu’une Ferrari. Mais ils jouent à l’étranger. Alors ça passe mieux. Ça me fait marrer.


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Vous ne comprenez pas que voir un jeune de 20 ans au volant d’une Ferrari puisse choquer ?

Nicolas Anleka : Non (sec). Je ne comprends pas. J’ai les moyens de le faire. J’achète. Si c’était à refaire, je le referais. Que ça puisse choquer les gens qui ne touchent pas beaucoup d’argent en France, OK. Pourtant, en Espagne et en Angleterre, les gens qui ont de grosses voitures ne se cachent pas là-bas. C’est faible dans la tête de réagir comme ça. Mais c’est typiquement français. Le Français, il cache ce qu’il a. Même s’il pouvait montrer plus, il cacherait. Moi, ce n’est pas ma mentalité. Non pas que je cherche à me montrer. Mais quand tu es joueur de foot, que tu as rêvé de t’acheter une belle voiture, une belle maison, tu le fais.


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Qu’est ce qui vous manque en Angleterre, que vous aviez en France ?

Nicolas Anelka : Rien. En France, tu ne peux pas faire ce que tu as envie. J’aimerais bien habiter en France, mais ce n’est pas possible. On sait pourquoi, niveau fiscalité... Si je veux rouler en grosse voiture, je suis regardé différemment. J’aime bien aller à Paris, c’est ma ville. Mais quand je sais que je peux repartir. Deux semaines, un mois, six mois, c’est bien.

Je ne veux pas jouer au foot et payer (ndlr, aux impôts) 50% de ce que je gagne. L’argent que j’ai, il est pour mes enfants (ndlr, il n’en a qu’un pour le moment). Si je peux leur offrir quelque chose, je le ferais là où il n’y a pas de fiscalité. C’est comme ça que je le vois. Si certains sont choqués tant pis. Mais la France, c’est un pays hypocrite.


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Vous envisagez d’investir au PSG à l’avenir ?

Nicolas Anelka : Non, parce qu’on perd toujours de l’argent dans un club de foot. Mais j’aimerais bien aider le PSG. Je ne sais pas dans quel rôle. Je ne sais même pas si je vais le faire. Je dis ça comme ça. Ce que je remarque, c’est que pratiquement tous les joueurs de l’équipe de France viennent de la région parisienne. Et ils passent rarement par Paris. Si je peux faire quelque chose pour qu’ils y passent… Cela ferait gagner de l’argent au club. Si Lyon le fait, Paris peut le faire dix fois.

 

-         Aujourd’hui, Raymond Domenech vous a piqué le rôle du mal-aimé du football français. Cela doit vous faire rire intérieurement, non ?

Nicolas Anelka : Ça change vite… Aujourd’hui, il est le mal-aimé. Comme Aimé Jacquet à l’époque. Maintenant, Jacquet est le roi. Parce qu’il a gagné une Coupe du monde. Tout peut vite changer, il faut juste être patient, être fort dans la tête. Et lui, il patiente. Peut-être que dans six mois, il sera le boss et plus personne ne pourra l’insulter.

 

-         En attendant, c’est quelqu’un qui aime bien la provocation. Un peu comme vous il y a quelques années… (il coupe)

Nicolas Anelka : Il provoque, oui, parce que les journalistes le provoquent. Quand je vois les questions qu’on lui pose. C’est devenu un jeu. Des fois, tu n’as pas envie de répondre. Des fois, tu entres dans le jeu et tu réponds à côté. Faut comprendre. Quand je vois les questions des médias français… Ils cherchent toujours quelque chose. Nous les joueurs, on grille les provocations. On en parle. On se dit, «les journalistes, ils sont graves».

 

-         Vous êtes vous mis dans la peau de Thierry Henry, au lendemain de France-Irlande ?

Nicolas Anleka : Laisse tomber... On ne m’aurait pas détruit. J’aurais qualifié la France et c’est tout. C’est tout ce qu’il faut voir. La France est qualifiée. Si cela avait été contre nous, on aurait commencé à pleurer. Bah non, cette année, on ne pleure pas. On y va. Il y a des années où on a pleuré. Je me souviens Marseille et la main de Vata. Ce sont toujours les Français qui pleurent. Mais pas cette fois. C’est comme ça qu’il faut le voir.  Maintenant, on va là-bas pour gagner. Il y a des gens qui vont rigoler… Mais dans notre tête, on peut le faire.

 

-         Vous comprenez que certains doutent des chances de l’équipe de France, justement ?

Nicolas Anelka : Ils peuvent rire. Quand Raymond Domenech a dit on va en finale en 2006, ça a fait rire. On verra bien. Pourquoi l’équipe de France ne mériterait-elle pas sa place? Je ne comprends pas. Je n’ai pas compris non plus pourquoi, après le match aller face à l’Irlande, on entendait qu’on n’avait pas mérité la victoire. Soi-disant, on affrontait une équipe de fous. On gagne 1-0 là-bas. C’est ça les grands. Tu es une grosse équipe quand tu vas gagner 1-0 à l’extérieur. Et après ça, on n’a pas senti les gens derrière nous. Soi-disant, on n'avait pas vu une grosse équipe d-Irlande. On était tombés contre des peintres... Nous, les joueurs, on n’a pas aimé ça.

 

-         Vous ne vous sentez jamais soutenus quand vous êtes avec les Bleus ?

Nicolas Anleka : Non (direct). C’est pour ça qu’on a toujours la rage. Faut pas croire, on sait quand on joue mal. Après le match retour face à l’Irlande, on s’est dit avec Evra, Titi: «Mais on a été dégueulasses!». Le coach aussi a dit qu’on a été bidons. On le sait. Mais quand on fait des trucs bien, il faut le dire. On dirait que quand on gagne 3-0, c’est normal. Et quand on perd, là, allez. C’est pour ça qu’on ne ressent pas de soutien.

 

-         Il y a une réelle cassure entre les joueurs et l’environnement extérieur? Le public, les médias ?

Nicolas Anelka : C’est vous qui la faite la cassure. La presse. Si vous dites qu’on sort du bus avec un walkman et tout ça…

 

-         Enfin, c’était Guy Carlier…

Nicolas Anelka : Je l’ai entendu. Est-ce que Guy Carlier a regardé les autres joueurs du monde entier ? Ils sortent tous du bus avec un casque. Qu’est ce qu’il raconte? C’est là où on se dit que c’est du n’importe quoi. On sort du bus, on est dans notre truc. Si t’as un casque, il est où le problème? Nous, on trouve que la presse monte les gens contre nous. Elle cherche toujours un problème à l’intérieur du groupe. Henry a parlé avec le coach. C’est une discussion normale. Non, pour vous, c’est un clash!

 

-         L’ère Domenech a commencé sans vous alors qu’aujourd’hui, vous êtes indispensable aux Bleus. Au-delà de vos performances, que s’est-il passé sur le plan humain entre vous ?

Nicolas Anelka : C’est juste le dialogue. A la base, il ne me connaissait pas beaucoup. Il avait entendu parler de moi. Après, au fur et à mesure, on a appris à se connaître. Je n’ai eu qu’une seule sélection avec lui chez les Espoirs. Je n’ai jamais eu de dialogue comme ça avant avec un sélectionneur. Avant, il y avait Santini, c’était impossible de parler avec lui. Lemerre, pareil. Jacquet, c’est ça, hein? Impossible aussi. Malgré ce qu’on a pu dire, c’est avec Domenech que j’ai les meilleurs rapports.

Commentaires (1)

1. Desssssigual 03/01/2010

Quelle merde ce anelka mais ca fait bien rire !

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