30e j. : le Tour de France de la L1

OM – Bordeaux (3-1)

Et moi qui vous disais la semaine dernière que je trouvais agaçantes les attitudes marseillaises qui fêtent désormais chaque victoire en L1 comme un titre de champion en salle de presse… C’était un doux euphémisme. Le peuple phocéen a battu un record d’exagération en célébrant dimanche sa coupe de la Ligue comme un sacre en coupe du monde.

Un peu comme l’histoire du mec qui n’aurait plus connu de femme depuis dix-sept ans et qui annoncerait son retour gagnant en conviant tous ses amis d’enfance à une méga surprise-party pour fêter l’événement ! Sur le match il n’y a en revanche rien à dire. L’OM a écrit le même scénario que le dimanche précédent contre Lyon.

Patience en première mi-temps, une domination des Bordelais tolérée par des Marseillais sereins. Les Girondins, comme l’OL, reviennent sur le terrain en se disant « on est pas mal, ça va passer ».

Une espèce de force - trop ? - tranquille qui pousse Bordeaux dans le piège tendu. Marseille accélère, provoque (Ben Arfa, entrée de Valbuena), grappille du terrain et impose son défi physique. A la 52e, 53e minute, je l’ai dit : « c’est dans la poche ». Cinq minutes plus tard Diawara tuait le match.

De toute évidence, Bordeaux, une fois mené, n’a même pas le cœur à faire les efforts pour égaliser. « Si on marquait, il y aurait les prolong’. Si on jouait les prolong’, on serait morts contre Lyon mardi soir ». Inconsciemment, les sprints et les appels de balle se raréfient côté Girondin. Les passes deviennent plus courtes, les prises de risque inexistantes. Les duels ? Bordeaux ne les joue plus. Frustration + envie d’en finir + irritation perceptible = déconcentration !

La défense au scapulaire laisse Ben Arfa s’amuser par des gri-gri réalisés pourtant en mode « slow motion ». Relâchement coupable, Valbuena mitraille, 2-0.

Le CSC de Chalmé illustre parfaitement l’état d’esprit du moment. Il ressemble d’ailleurs à celui du Grenoblois César à Lille huit jours avant. Rien d’étonnant, car samedi Bordeaux a partagé avec les Isérois cette appréhension de la fatalité qui a tétanisé puis condamné si souvent le GF38 cette saison. Sa défaite est d’une implacable logique.

La L1, c’est le Tour de France

Les hommes de Laurent Blanc se rassureront sans doute en regardant le classement de la L1. Comme d’habitude, l’OM et Bordeaux ne jouent pas et comme d’habitude, personne n’en profite.

Nous sommes au mois de juillet, sous le cagnard pyrénéen. Une étape de montagne se déroule, certains favoris sont lâchés (Lille, Lyon) et le grand patron est esseulé (Bordeaux). Seulement, les outsiders (Auxerre, Montpellier) n’osent pas attaquer. Ils sucent la roue. Du coup, à la faveur d’une descente, le LOSC et l’OL reviennent dans le groupe Maillot Jaune. 

Dans le rôle de Poulidor, ou plus récemment de Jan Ullrich, l’éternel second (l’OM) respecte trop son principal adversaire. Il reporte ses matches à la même fréquence que Bordeaux, comme lorsqu’Ullrich avait attendu Lance Armstrong, victime d’une chute, dans les pentes de Luz-Ardiden en 2003.

La morale de l’histoire ? Revigoré, l’Américain avait fait la nique à tout le monde dans l’ascension finale pour remporter une cinquième Grande Boucle.

Le Mans, en National dans trois ans ?

Dans les familles, quand les parents s’énervent, ce sont souvent les gamins qui trinquent. Ce week-end, les « petits » ont donc pris la fessée. Lyon, revanchard mais prudent, a disposé « à la pédale » d’un Grenoble battu d’avance (2-0).

Comme Paris qui a réussi un triple exploit sur un match à huis clos : relancer Kezman, mettre une cartouche à Boulogne et fêter sa qualification pour la finale de la coupe de France en apprenant, pendant la partie, le tirage au sort des demies (Quevilly).

Rennes a quasiment condamné Le Mans (3-1) qui va payer, selon moi, très cher la politique absurde du président Henri Legarda. Ce dernier a voulu doter le MUC 72 d’un stade ultra-moderne avant même de s’offrir une équipe digne de ce nom. Depuis dix ans Le Mans a bradé les Cousin, Sessegnon, Bangoura, Pancrate (ça s’était bien joué ;), Y. Pelé ou un certain Didier Drogba, furtivement passés par la Sarthe. Pour quel résultat ?

Legarda a été aveuglé par la mode du « Naming » qui consiste à renommer un nouveau stade à l’effigie  du principal sponsor. Seulement, le dirigeant manceau s’est fait arnaquer : là où Emirates a offert un pont d’or à Arsenal (près de 200 millions sur dix ans), MMA donne « peanuts » au Mans (moins de 15 millions sur la même durée)…

Je ne vois pas de solutions pour les Manceaux, sinon celle de jouer au poker dès le prochain mercato et de mettre son tapis dans l’optique d’une remontée immédiate. Sinon, ça sent le National dans trois ans, comme Troyes, Gueugnon dans un passé récent. Ou Brest, Toulon, Nîmes et Laval dans un passé plus lointain. Ou Bastia, Châteauroux ou Guingamp (même si j’y crois moyen avec Le Graet derrière les Bretons), dans un futur proche.

Toutes ces équipes, qui ont connu l’Elite et même la coupe d’Europe, se sont brulé les ailes comme Icare et ses ailes de cire, retombant dans l’anonymat de la troisième division.

Auxerre, Montpellier : un seul être vous manque et tout est dépeuplé…

Enfin, dans le haut du tableau, Auxerre et Montpellier ont pleuré l’absence d’un joueur clé. Sans Pedretti, les Bourguignons ont livré une production médiocre à Monaco (0-0). Comme face à Paris en coupe de France (0-0), l’AJA a offert une purge aux téléspectateurs d’Orange Sport.

Au bord du suicide, les fans bourguignons pourraient bien se trancher les veines avec un nouveau 0-0 de ce type contre Paris dimanche prochain. Auxerre, plus redoutable que les sectes de Waco et du Temple Solaire réunies? Parfois, je me demande quand même comment cette équipe-là peut trôner sur le podium avec plus poids que Lyon ou Marseille…

Lille a le profil

Lille, enfin a retrouvé son allant contre Montpellier (4-1). Gervinho et Hazard ont survolé le match. Mais le LOSC se déplace deux fois de suite (Valenciennes et Lyon) avant la réception de Monaco, lors des trois prochains matches. J’attendrai avant de crier au retour en grâce des Nordistes. Comme Auxerre avec Pedretti, Montpellier était privé de sa vedette : Emir Spahic.

La défense inexpérimentée (Bocaly, YangaMBiwa, El Kaoutari, moyenne d’âge 20 ans + Jeunechamp) a coulé et mis René Girard en colère. L’option Dzodic, toujours blessé, manque cruellement en cas de pépin. A mon avis, sans Spahic, cette équipe du MSHC n’aurait pas connu le même apprentissage de la L1. Surtout à l’extérieur où les points n’auraient pas été légion.

Je finis par un mot sur Rudi Garcia, remarquable technicien, qui étudie ses adversaires et les comprend. Il a fait remonter ses défenseurs à 40 m du but de Landreau sur tous les coup-francs de Costa, l’arme fatale de Montpellier. Forcément, l’Argentin, meurtri, a tout manqué dans ce domaine. Un peu salaud Garcia d’avoir mis ça en place sur Canal + en prime time. Il ne serait pas étonnant que ce plan diabolique fasse des émules chez les futurs adversaires du MHSC.

Régalez-vous bien avec Lyon – Bordeaux ce soir. Pour ma part, ce sera Bayern – Manchester au programme. Oui, oui, je sais, je suis un très mauvais citoyen…

Cédric DROUET

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