L'OM déjà sacré champion : vraiment ? (32e j.)

Vous l’avez compris, depuis hier soir, le champion de France est connu. Pour ceux qui auraient passé leur dimanche soir en compagnie des Experts Manhattan (qui bossent plus que ceux d’EDF, c’est une certitude), il s’agit de l’OM.

« L’OM y va tout droit », à en croire Pierre Ménès. « Voix royale pour l’OM », selon Riolo sur Eurosport. Dugarry ne voit pas « qui pourrait aller chercher l’OM qui file vers le titre ». Dans l’After, sur RMC, on raillait déjà vers 23h30 ceux qui « ont critiqué Deschamps en début de saison, l’homme qui va offrir deux titres à l’OM ». Peu après minuit, même son de cloche sur M6 à 100% Foot. « L’OM sera champion » pour Di Meco et Dhorasso, les consultants du programme.

L'OM, souvent malheureux à Sochaux

A six journées de la fin, Marseille compte deux points d’avance sur Auxerre, avec certes un match en plus à disputer. Mais c’est à Sochaux, mercredi, et les déplacements dans le Doubs ne réussissent pas aux Olympiens : sur les 12 derniers Sochaux – OM, Marseille ne compte qu’une victoire (1-0 en 2005) pour trois nuls et huit défaites !

Alors d’accord, les Phocéens ont un calendrier abordable, mais ils pourraient laisser des plumes entre la 35e et la 38e journée (réceptions de Saint-Etienne et Rennes, déplacements à Auxerre et Lille). Marseille a un rythme de champion, oui. Mais il n’a pas encore soulevé « Hexagoal ». Et le costume de favori sied rarement à l’OM.

Auxerre, c'est une défaite sur les... dix-sept derniers matches !

J’entends aussi que la concurrence est résignée. Mais je constate qu’Auxerre, futur hôte du leader, n’a perdu qu’un seul de ses… 17 derniers matches ! Et encore, dans des circonstances douteuses à Grenoble (5-0). Comme tout le monde, je me suis laissé enfumer par ce vieux renard de Jean Fernandez.

Le papy roublard de l’AJA m’a embrouillé avec ces discours défaitistes et son air de chien battu, à force de s’apitoyer sur son sort. J’ai fini par croire que les Bourguignons étaient cramés. C’est tout le contraire et en me penchant sur les statistiques (qui ne mentent jamais), je fais d’Auxerre mon favori actuel.

Dix victoires 1-0, quatre 2-1, cet AJA 2010 me rappelle de plus en plus le PSG de Vahid version 2004. Comme il y a deux semaines face au Mans, les Icaunais ont arraché leur victoire à Nancy dans les trois dernières minutes. La réussite du champion ?

Souvenez-vous du match aller au Mans. Un penalty arrêté par Sorin, quatre poteaux pour les Sarthois, et une victoire 1-0 pour Auxerre, sur un but contre son camp d’Andrade. Cette saison la bande du « Pèd’ » (Benoît Pedretti) est vernie.  

Bordeaux, une lueur d'espoir

J’ai aussi très hâte de voir la position de Bordeaux dans quelques semaines. Les Girondins ont touché le fond à Paris. Une défaite 3-1, l’expulsion de Ramé, un Edel en chaleur, les Aquitains n’ont pas eu de veine. Le petit jeune, Keita, quatrième gardien, a réalisé quelques exploits mais son inexpérience a couté cher.

Toutefois, même à dix, Bordeaux a combiné, surtout en deuxième période. Surement un choix stratégique du PSG mais quand même… Les deux matches en retard (Le Mans et Valenciennes, déjà en vacances) permettent aux Girondins de rêver. Je ne les enterrerais pas trop vite et quelque chose me dit qu’ils finiront fort.

Mais quelque soit l’issue je trouve que le cas Chamakh a engendré de lourds dégâts depuis une dizaine de mois. Bordeaux a préféré garder le Marocain un an de plus, quitte à s’en séparer gratuitement en fin de saison. Les dirigeants lui ont fait du chantage et sans surprise, Marouane n’a pas souhaité prolongé en janvier, comme le font souvent les joueurs pour « remercier » leur club. Ils savent qu’ils vont partir mais re-signent un contrat pour que le club trouve son compte dans un transfert. Là, Chamakh sera libre en juin et Bordeaux ne verra pas la couleur d’un Euro : première perte.

Deuxième erreur, étroitement liée, la gestion de l’effectif : dans un souci de prévoyance, et pour éviter la jurisprudence Chamakh, Bordeaux a offert de très confortables contrats à neuf joueurs cadres au cœur de l’hiver. Sans doute un peu tôt pour de telles manœuvres. Moins concernés, installés sur leurs certitudes contractuelles, les Girondins se reposent sur leurs lauriers depuis quelques semaines.

D’ailleurs, Blanc n’apprécie visiblement pas du tout la condescendance de certains d’entre eux. Mais je le répète, je crois à une prise de conscience collective de ce groupe, toujours soutenu par les supporters, et à une issue heureuse.

Lyon accaparé par Munich

Je suis plus pessimiste pour les deux protagonistes du choc de cette 32e journée, Lyon et Lille (1-1). Pour les Dogues, surtout. Son incon-ci-stance à l’extérieur condamne le LOSC à un sans-faute permanent au Stadium Nord. Ca ne passera pas.

Lyon, c’est différent. Avec 5 points contre les gros et un calendrier démentiel, l’OL n’a pas le profil du champion. Mais plus que les chiffres, le mental des joueurs m’inquiète plus. De Lloris à Lisandro (remplaçant hier), en passant par les autres stars de l’effectif, tous semblent focalisés, absorbés par la demi-finale contre Munich. Dans les têtes, rien d’autre ne compte. A un moment, les individualités ne suffisent pas, ou plus.

Si les adversaires du vieux Lyon ont faim, qu’ils montrent les crocs. La carcasse de la bête blessée bouge encore en championnat (toujours 3e) mais fait déjà office de victime expiatoire. Car l’OL semble parti pour mener une autre guerre, face aux Allemands du Bayern. Lyon en Croisade européenne, pas certain que le quotidien de la L1 ne le passionne encore vraiment.

Montpellier se trompe de combat

Montpellier, enfin, a marqué le pas au Mans (2-2). Entre les buts hors-jeu refusés (Camara contre Monaco), les penaltys cadeaux (Marveaux face au Mans) et les expulsions litigieuses (Jeunechamp), les jeunes du MHSC se trompent de combat. Leur coach, René Girard, encore exclu, en a fait l’amère expérience. A six matches du terme, il n’est plus temps de compter les points gagnés ou perdus sur des décisions arbitrales. Il faut enchaîner, sans se préoccuper des autres.

Il est regrettable que Jeunechamp ait pété un boulon sur Cerdan. L’Héraultais a pourtant passé l’âge de tomber dans la provocation du banc adverse. Pour avoir assisté au match, et au vu de la première période, je suis certain qu’à onze, la victoire ne faisait pas un pli, tant Montpellier était supérieur dans le jeu.

En plus, j’avais bien aimé les déclarations de Michel Mézy en semaine, qui avait enfin clamé les ambitions de la Paillade: « Champion ? Pourquoi pas ». Y croire en interne, c’est bien. L’affirmer publiquement c’est mieux. Si les « petits » veulent le titre, il faut commencer par faire croire aux autres : adversaires, public, journalistes et même arbitres.

C’est le reproche que je ferais à Auxerre, qui se cache trop à mon goût. Cette communication volontairement minimaliste est choisie par les Bourguignons, comme elle l’a été par Montpellier. J’espère que ça ne leur jouera pas de tours. Car malheureusement, en Ligue 1, c’est un peu comme dans la Ferme Célébrités : ce sont souvent ceux qui font le plus de bruit qui recueillent tous les suffrages en fin de partie.

Cédric DROUET

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