MHSC - Bordeaux : Girard, les années Bordeaux

En un semestre, René Girard a retrouvé une légitimité que le milieu du foot français lui contestait. Méconnu d’un large public, le technicien gardois, est désormais tristement célèbre pour son éviction du poste de sélectionneur de l’équipe de France Espoirs, en avril 2008.

 

A cette époque, l’ancien adjoint de Roger Lemerre n’avait pas mâché ses mots envers la DTN, en comparant son bilan à celui de Domenech chez les A : « Il y a deux poids, deux mesures. Les performances lors de l’Euro 2008 n’ont pas été à la hauteur et pourtant… Je n’ai pas eu de plus mauvais résultats que mes prédécesseurs chez les Espoirs, les jeunes ont appris des choses, je crois que l’actuel sélectionneur des A ne s’en plaint pas. Il n’y a aucune logique, la franchise ne les a pas étouffés (Houiller-Domenech, ndlr). Je n’ai jamais vu ça, un sélectionneur viré avant la fin de sa mission… ».

 

Depuis, Girard s’est racheté une virginité à Montpellier. Sa troisième expérience à la tête d’un club de l’Elite après Nîmes en 1992 et Strasbourg en 1998. D’ores et déjà une vraie réussite. Girard, qui a profité de sa période d’inactivité pour bourlinguer en Europe,  a ramené dans l’Hérault son culte du 4-3-3 modelée sur le Barcelone de Pep Guardiola ou l’Espagne d’Aragones. Mercredi, dans le choc des titans de la Ligue 1, le dauphin reçoit son roi.

 

Apparemment, l’affiche ne fait pas saliver les médias. Dans la double page de L’Equipe consacrée au compte-rendu de Lyon-Bordeaux, ce lundi, le mot « Montpellier-Hérault » n’apparaît nulle part. Girard est « dans le foot depuis trop longtemps pour continuer à rêver. Mais cette équipe à de la moelle et va en faire encore couiner quelques uns », a promis le coach héraultais. « Il faut faire honneur à Bordeaux. Pour eux, ça ne sera peut-être pas un grand match, mais pour nous, ç’en est un ! », a glissé malicieusement le roublard entraîneur montpelliérain.

 

1985 : Bordeaux échoue aux portes du Heysel

 

Girard attend avec impatience ces retrouvailles personnelles avec les Girondins de Bordeaux, un maillot qu’il a fièrement porté pendant sept ans en tant que joueur, de 1981 à 1988. René Girard évoluait alors dans la plus grosse cylindrée française de l’époque : le Bordeaux des années Girard renverse tout sur son passage. Trois titres de champions de France (1984, 1985, 1987), deux Coupes (1986, 1987) et surtout deux éliminations cruelles en demi-finales européennes. En 1985, ils remontent deux buts à la Juventus de Michel Platini (3-0, 0-2) et échouent aux portes… du Heysel.

 

Deux ans plus tard, dans un contexte moins dramatique, c’est le Lokomotiv Leipzig qui éliminera Girard et les Bordelais aux tirs au but (0-1, 1-0), en demi-finale de coupe d’Europe des vainqueurs de Coupes (Ex-C2). René Girard, entraîné par Jacquet évolue aux côtés des plus grands : Tigana, Touré, les frères Vujovic, Giresse, Muller, Battiston… et avec quelques amis à lui, rudes sur l’homme : Domenech, Thouvenel, Rohr.

 

Girard ne recule pas devant les duels et Michel Hidalgo, qui apprécie pourtant les esthètes,  le sélectionne pour le Mondial 1982 en Espagne. Le Bordelais disputera cinq matches en Bleu, sans jamais être rappelé par la suite. A La Mosson, mercredi, une certaine nostalgie remontera sans doute à la surface chez ce taiseux qui montre rarement ses émotions aux micros qui se tendent.

"Bordeaux, c'est spécial pour moi. Je n'avais pa eu l'occasion de les rejouer depuis 1998, quand j'entraînais Strasbourg. J'y reviens en tout cas toujours avec plaisir. J'ignore si j'ai marqué Bordeaux, mais Bordeaux m'a marqué. J'ai connu là-bas mes plus belles années de footballeurs, j'ai gagné des titres et étoffé mon palmarès", a-t-il tout de même reconnu, à demi-mots.

Mais qu’il soit sur le banc ou sur le pré, René Girard n’a jamais été du genre à faire des sentiments. Et il y a peu de chances pour que le coach héraultais veuille partager les points avec son ancien club.

 

 

Cédric DROUET

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