Montpellier, chance du champion ou du débutant ?

« Beaucoup de bruit pour rien », « une journée inutile », « statu quo en L1 »… A la lecture des gros titres reliés à la 27e journée de hampionnat, on pourrait croire que ce Bordeaux-Montpellier (1-1) n’a servi à rien, pas plus que les nuls de Lyon, l’OM et Lille.

Bordeaux, 1 - Montpellier, 1

But pour Bordeaux : Chamakh (59e) ; but pour Montpellier : Costa (94e).

Expulsion : Ciani (32e) à Bordeaux.

Le bonheur est dans le Bré

Hier soir, que ce soit sur Canal Plus (Dugarry), M6 (Giresse, Di Meco, Dhorasso), internet (Riolo, Menes…), les observateurs déversaient plutôt leur fiel à chaud sur la prestation de l’arbitre Mr Bré, évitant soigneusement de se pencher sur les conséquences du match nul entre le champion aquitain et son dauphin pailladin. L’Equipe du jour n’a pas franchement relevé le niveau, mais a au moins eu le mérite de défendre le référé.

Sacrée soirée

Comme souvent lors des affiches du dimanche soir sur Canal +, l’arbitre est considéré comme la véritable star du match. Et il n’y a pas toujours des 5-5 (Lyon-OM) ou des 4-3 (Lille-Lyon) pour passer sous silence les décisions de l’homme en noir. Ce réflexe médiatique devenu quasi pavlovien est assez dérangeant à la longue. Bien aidée par les super-ralentis super-débiles de la chaîne cryptée, chaque décision est systématiquement interprétée et remise en cause par « les spécialistes » (une émission porte d’ailleurs ce nom) au regard de la loupe grossissante du petit écran.

Les bonnes décisions : hier, l’arbitre a accordé deux penaltys valables aux Montpelliérains. Prisonnier de la double peine, il a expulsé sévèrement mais justement Ciani, dernier défenseur. Il aurait pu donner un autre carton jaune à Chalmé. Sauf si Bré a considéré que sa main était involontaire (donc pas de jaune) mais qu’elle annihilait l’action (donc penalty).

Les décisions litigieuses : il a fait retirer un penalty. Pas de chance pour Montpellier, ce fut le seul inscrit sur trois tentatives. Certes, sur chacun d’entre eux, les joueurs sont entrés dans la surface, et Carrasso s’est avancé.

Les mauvaises décisions : Montpellier n’a pas vraiment à se plaindre de l’arbitrage. D’ailleurs Girard, plutôt véhément à ce sujet d’habitude, s’est abstenu. L’Argentin Costa, qui a confondu grinta et agressivité sur ce match en prime time, est coupable de trois coups de coude sur les visages de Plasil, Chamack et Chalmé, mais n’a récolté qu’un jaune. Camara aurait également pu écoper de deux sanctions administratives sur son plaquage de rugbyman sur Chamakh et son coup de pied dans les roupettes de Wendel, plus maladroit que méchant.

Mais surtout, les Héraultais ont égalisé sur un coup franc scandaleux. Non seulement Fernando ne fait pas main, mais même s’il avait touché le ballon de façon illicite, son intention est clairement de mettre ses bras derrière son dos. Les Pailladins répliqueront qu’à l’aller, le but de Jussie (1-0 pour Bordeaux) était entaché d’une faute sur Costa à la récupération du ballon. Puis les Bordelais vous diront qu’au Vélodrome, ils avaient déjà été floués d’un but refusé à Jussie pour une faute imaginaire (0-0 contre l’OM). Avant que les Marseillais ne se soulèvent pour dénoncer le but de Chamakh au retour (1-1 à Chaban-Delmas), coupable d’une charge sur Mandanda. Bref, le débat sur l’arbitrage est sans fin et ne fait pas exactement avancer le Schmilblick.     

Miroir, mon beau miroir…

En France, on adore mettre des «étiquettes », catégoriser les gens, les équipes. Le problème, avec Montpellier, c’est que personne ne parvient à ranger cette formation dans une boîte définitive. D’abord on a parlé du « tube de l’été ». Puis, entre septembre et novembre, les observateurs lisaient le classement des cinq premiers en zappant presque inconsciemment le MHSC. La mode était alors au « promu étonnant » qui allait bientôt craquer.

En décembre, la bande à Loulou s’impose à Lyon et termine la phase aller 3e : l’heure du « poil à gratter ». Mais la Paillade passe l’hiver en tapant l’OM et enchaînant cinq succès sans prendre de but. La presse a trouvé l’identité du « futur champion ».

L’Equipe consacre même sa Une et deux pages pour se demander ouvertement : « Et si c’était Montpellier ?». Un sondage mené par le quotidien auprès des acteurs de la L1 octroie 40% de suffrages positifs à cette question : Montpellier PEUT-IL être champion ? La formulation est aussi ridicule que les résultats et ne prouve qu’une chose : les Héraultais étant 2e à trois points du leader à 13 journées de la fin (soit 39 points à distribuer), 60% des footballeurs de L1 sont absolument nuls en maths. Le soir même, Saint-Etienne s’offrait le dauphin qui rebondissait face à Rennes.

Hier, Montpellier a promené ses paradoxes au sein de sa rencontre en Gironde : deux pénos manqués comme des minimes pressionneux  au terme d’une mi-temps pourtant menée comme des vieux briscards. Puis, une seconde période pourrie en supériorité numérique, un but encaissé comme des enfants incapables de tenir quinze seconde sans le chef de meute (Spahic). Pourtant, les visiteurs arrachent l’égalisation avec la réussite d’un septuple champion, profitant d’une boulette de gardien autant que d’une erreur d’arbitrage. Montpellier est définitivement inclassable…

Montpellier petite équipe ? Oui. En revisionnant les images, on s’aperçoit que Costa a tiré son penalty en force, du coup de pied, légèrement à gauche du gardien. Exactement comme ses deux précédentes réussites contre Sochaux (3e j.) et Lens (5e j.). Mais Carrasso n’est pas Bedenik. Le troisième gardien de l’équipe de France étudie ses adversaires et doit sûrement avoir un lecteur DVD chez lui. L’Argentin, qui s’est montré trop fiévreux pour une première sur Canal + (il était absent contre Lille, seul et unique match du MHSC joué un dimanche soir avant Bordeaux), a fait preuve de naïveté en sous-estimant le frère aîné de Johann Carrasso. Une place en Ligue des Champions, ou un titre, se jouent sur des détails.   

Montpellier, grande équipe ? Oui. Les Héraultais ont joué dur, en réservant un traitement de faveur à Gourcuff. Mapou YangaM’Biwa l’a défoncé au point de corner, sans être averti. Hier, ce sont bel et bien les Pailladins qui ont été arbitrés comme un gros. Ils ont aussi dominé les débats dans le jeu, assez largement en première période. Ceci dit, l’option surprenante du 4-4-2 mise en place par Blanc au profit de Cavenaghi est tout sauf la solution face au 4-3-3 héraultais. C’est d’autant plus incompréhensible qu’à l’aller Bordeaux avait maîtrisé Montpellier dans son 4-5-1 traditionnel.

Montpellier, petite ou grande équipe ? L'avenir le dira. Et on saura très vite si cette égalisation de la dernière seconde relevait davantage de la chance du champion que de celle du débutant...

L’analyse de Monsieur Franck, notre envoyé spécial à Chaban-Delmas

« Le public m’a déçu. Ce ne sont pas des passionnés à Bordeaux. Le match était pauvre techniquement, avec beaucoup de déchet. Chamakh a joué son rôle à merveille après l’expulsion, il a l’expérience et s’est placé dans l’espace sur son but, en s’engouffrant dans l’appel d’air créé par la sortie de Spahic. Arsenal appréciera…

Bordeaux a ensuite connu un trou physiquement, car ils n’ont pas joué depuis trois semaines hormis contre Olympiakos. J’avais vu le match contre l’OM à la TV, que les Girondins avaient fini déjà à dix. C’était pareil hier, excepté que Montpellier a poussé de façon plus brouillonne que l’OM. Pour un résultat identique quand même : un but en fin de match.

Je pense que si on a évité la neige, le vent a en revanche joué un rôle sur le coup-franc de Costa. Il me semble que la trajectoire n’est pas totalement linéaire et que Carrasso a été surpris par le tir flottant. Mais de toute façon Costa est un expert et il sait jouer des conditions météo en ajoutant un effet impressionnant au ballon.

En tant que défenseur, je suis toujours impressionné par Spahic, impeccable et qui a toujours le mot ou le geste pour chambrer l’attaquant adverse et lui mettre le moral dans les chaussettes. C’est le genre de joueur qui te donne une tape de réconfort sur l’épaule avant de t’humilier d’un petit râteau deux minutes après. Mon frère Cédric me fait souvent la même chose sur le terrain.

J’ai observé le Bosniaque, il joue avec le corps arbitral. Il essaye souvent de simuler un petit bobo quand il sent que l’équipe doit respirer dans les matches.  Mais c’est comme l’histoire de Pierre et le Loup. Hier, il avait vraiment mal en retombant après son duel aérien avec Gourcuff. L’arbitre l’a obligé à sortir se faire soigner, et Montpellier a payé cher son absence. C’est à méditer. Il vaut mieux un Spahic qui titube et une équipe en apnée que pas de Spahic du tout. Bonne semaine ! »

Cédric DROUET

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