Evian-Thonon-Gaillard : la montagne, ça vous gagne !

Les Croix-de-Savoie ont rendu l’âme en mai dernier, remplacés par une appellation alambiquée : Evian-Thonon-Gaillard, alias ETG dans la région des montagnes. Aujourd’hui, l’équipe savoyarde est une des mieux placées pour accéder en Ligue 2 l’an prochain, portée par un parcours remarquable jusque-là.

Malgré une récente défaite 4-0 à Troyes et un nul contre Moulins, les Savoyards restent deuxième à trois points du leader aubois. Ils possèdent six points d’avance sur le quatrième, Reims.

Qui se cache derrière la réussite des feu Croix-de-Savoie, bien partis pour se substituer à Annecy, dernier représentant local à avoir atteint la deuxième division, dans les années 1990. Enquête.

 

Un peu d’histoire

 

A la base, le club prend sa source chez le FC Gaillard, modeste équipe qui gravit tout de même les échelons jusqu’en CFA (2003), son meilleur niveau jamais atteint. Pour des raisons financières Gaillard fusionne avec Ville-la-Grand, un autre club du cru. Cette entente donne naissance au FC Croix-de-Savoie 74, première du nom, en 2004. Pour faire simple, disons que Gaillard fournit la plupart des joueurs tandis que Ville-la-Grand, plus huppé, s’occupe de l’apport financier.

Tant qu’à faire, les Croix-DS absorbent l’Olympique-Thonon-Chablais en 2007. Inéluctable, dans le sens où les matches à domicile s’effectuaient depuis 2005 au stade Joseph-Moynat de Thonon (5 000 places dont 2 700 assises). Les Croix-de-Savoie deuxième du nom garderont cette forme jusqu’en juillet dernier, avant d’adopter Evian-Thonon-Gaillard.

 

Pourquoi Evian-Thonon-Gaillard ?

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Le club, comme expliqué précédemment, est une mosaïque de noms, de villes, parmi lesquels il est parfois compliqué de se retrouver. Et maintenant, de marque. Ne vous y trompez pas. Le terme « Evian » désigne dans cette appellation non pas la ville, mais bien le produit, les bouteilles d’eau. Car le club est désormais sponsorisé par Danone, qui possède Evian.

S’ils avaient pu, les nouveaux dirigeants auraient créé le « Danone FC ». Mais pour ne pas froisser toutes les susceptibilités, les noms des communes de Gaillard et Thonon ont été conservées. Jusqu’à quand ? En tout cas, exit Ville-la-Grand, pour des raisons évidentes. Depuis la venue de plus gros poissons dans le capital du club, on se doute que l’argent de VLG n’est plus franchement utile.

 

Qui dirige ?

 

La société a récemment changé de statut juridique. Passée de SAOS à une SASP plus conforme aux ambitions locales. Patrick Trottignon est devenu PDG du club. Dans les faits, le numéro un du club est cependant Franck Riboud, patron de Danone et ami intime de Zinedine Zidane. Riboud est l’un des actionnaires principaux d’ETG, et également son Président d’Honneur. Il a apporté dans ses bagages quelques sous appartenant à d’anciennes gloires comme Zidane et Bixente Lizarazu. On parle ici d’une dizaine de milliers d’Euros chacun, donc rien d’exceptionnel.

 

Dans le domaine sportif, l’ex-entraîneur Pascal Dupraz a revêtit cette année la casquette de Manager, et les clés de l’équipe ont été confiées à l’ancien joueur de Caen, Sochaux et Montpellier, international dans les années 1990, Stéphane Paille.

 

Là encore tout a été mis en place pour faire grandir le club. Pendant longtemps des joueurs locaux tenaient le vestiaire. Dupraz titularisait souvent son aîné, Pierre-Emmanuel, au milieu de terrain, en National ou en CFA, tandis que certains spectateurs pensaient que ce dernier n’avait pas exactement le niveau requis. Le cadet des Dupraz, Julian, s’occupe de longue date du site internet officiel du club. Mais Pierre-Emmanuel Dupraz a été laissé libre et a signé, depuis, au FC Vesoul (CFA). Eh oui, difficile de rester une grande famille quand il s’agit de résister aux sirènes de la Ligue 2 et du professionnalisme. 

 

Pascal Dupraz

 

Figure omniprésente locale, il est celui qui a accompagné l’équipe première ces dernières années. Dupraz a connu l’accession au National en 2005, la redescente deux ans plus tard en CFA, puis la remontée il y a un an et demi en troisième division française. Formé à Sochaux, Pascal Dupraz, pour les anciens, fut avant-centre au Stade Brestois dans les années 80. Grand ami de Joël Henry et Bernard Pardo en terre finistérienne, Dupraz et ses acolytes furent reconnus plus pour leur propension à écumer les bars bretons que les surfaces de réparations adverses.

Transféré à Mulhouse en 1986, le charismatique coach savoyard a donc évolué sous les ordres d’un certain Raymond Domenech :

« C'était la période faste du FCM et de  l'ère Domenech. On avait échoué lors des barrages pour l'accession en D1. C'était une année sympa, même si l'objectif n'avait pas été atteint. » Dupraz joueur connaîtra toutefois les joies d’une montée avec Toulon l’année suivante.

En Savoie, Dupraz entraîneur s’est forgé une réputation de grande gueule qui mâche rarement ses mots. Capable de boycotter les journalistes locaux pour une ligne de trop dans le Dauphiné Libéré, il est amateur de bons mots en conférence de presse. Son leitmotiv : se payer le public de Joseph-Moynat, qu’il ne juge pas assez « supporter ». L’an dernier, après une défaite à Rodez, il avait déclaré ceci : « Aujourd’hui, Rodez a commis plus de fautes que nous, mais l’arbitre en a sifflé deux fois plus en leur faveur. Ce sont les supporters Ruthénois qui ont arbitré ce match. Normalement, je devrai en vouloir à Rodez. Mais finalement je les envie. Ce n’est pas chez nous, avec notre public silencieux, que l’on pourrait assister à un tel scénario ».

Dupraz a également dû faire face à quelques tempêtes depuis son arrivée. Le plus secouant typhon fut celui du 13 janvier 2006, quand Claude Courgey, président du RC Besançon, porte plainte contre X pour une affaire concernant la rencontre Croix-de-Savoie/Tours (2-1), comptant pour la dernière journée du championnat National 2004-2005.

A l’issue du match, Croix-de-Savoie sauve sa place in extremis alors que Besançon est relégué en CFA. Le président bisontin aurait disposé de preuves émanant de proches du club savoyard : 4 joueurs de Tours se seraient partagés 12 000 euros afin de laisser Croix-de-Savoie gagner. Info ou intox ? Même jeune, l’histoire des Croix-de-Savoie au haut niveau a donc déjà drainé dans son sillage de sombres affaires inhérentes, par le passé, à certaines grosses cylindrées de notre championnat. Et si les Savoyards apprenaient vite ?

 

L’effectif

 

Impossible d’accéder aux étages supérieurs du foot français sans sortir l’artillerie lourde sur le terrain. De nombreuses recrues sont venues, depuis deux saisons, renforcer le secteur sportif des ex Croix-de-Savoie. Europeangoldfoot a divisé le vestiaire savoyard en cinq « clans », qui apportent chacun leur lot d’expériences et de compétences.

 

« Les piliers locaux » : l’indéboulonnable portier Johann Durand, le défenseur Nicolas Leblanc, sont des exemples de joueurs présents depuis longtemps et qui symbolisent la « mémoire » du club. De vrais relais…

 

« Les anciens Montpelliérains » : Si la carrière du gardien Scribe a fait long feu en Savoie, ils sont encore trois anciens pensionnaires du Montpellier-Hérault dans l’effectif. Cédric Cambon, revenu d’un séjour intéressant à Sofia, en Bulgarie.

Mathieu Lafon a rejoint les rangs d’ETG également. Puis, cet été, Cédric Barbosa (photo). Le baroudeur chat noir qui a connu la descente en Ligue 2 avec Montpellier, Troyes, et Metz, s’est posé chez les Croix avec un objectif avoué : la Ligue 2, mais sous la forme plus sympathique d’une montée, pour changer.

 

 « Les recrues exotiques » : Pas tous titulaires, Bustamante (Los Andes, L2 argentine), Aoudou (Dadjé, L2 Bénin, Etoile Sahel, Tunisie), le gardien Bertrand Laquait (Charleroi) ou encore Djiman Koukou, en provenance du FC Soleil (Bénin). Ca ne s’invente pas !

 

 « Les bonnes affaires » : Evian a tenté de recruter malin à bas prix dans des clubs inférieurs. Rambier (FC Sète), Roufosse (Louhans-Cuisaux), Ponroy (Beauvais) ont étoffé un groupe qui allie désormais qualité à… quantité.

 

« Les expérimentés » : Nicolas Farina (Metz), Angoula et Voavy (Boulogne), Amaltifano (Châteauroux), Nicolas Goussé (ex-Rennes) et donc Stéphane Paille (coach, ex-Besançon), ont connu dans le passé le monde professionnel, de près ou de loin. Une touche d’expérience sur laquelle Evian-Thonon-Gaillard compte s’appuyer.

 

Epilogue

 

Avec un pied en Ligue 2, et à moins d’un effondrement peu probable, les Savoyards devraient réussir leur pari cette saison : s’extirper des bas-fonds du National, après une première tentative avortée l’an dernier (5e du classement final).

Mais qu’elle se nomme Gaillard, Croix-de-Savoie 74, Evian-TG ou FC Danone, le plus dur commencera alors pour une « entente » créée de toute pièces par des dirigeants soucieux de redorer un blason régional délaissé depuis quinze ans par le football français. Finalement, pour Evian, peu importe la bouteille. Pourvu qu’il y ait l’ivresse.

 

Cédric DROUET

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