Saint-Etienne, Strasbourg : monuments en péril

Les bonnêts d’âne français 2009 sont Saint-Etienne (L1) et Strasbourg (L2). Deux clubs au passé riche de titres, mais tourmenté par des crises internes incessantes. Si le championnat devait s’arrêter au 1er janvier, les Stéphanois seraient relégués en Ligue 2, et les Strasbourgeois… en National.

Saint-Etienne, l’hydre à deux têtes

Virer Alain Perrin pour introniser son adjoint Christophe Galtier sera t-il suffisant pour s’en sortir ? Les Verts ont terminé l’exercice précédent 17e et premiers non-relégables, avec 40 points. Ils se sont sauvés à la dernière journée et semblent partis pour revivre un calvaire similaire. Sportivement, ils occupent actuellement la 18e place du classement avec un incroyable bilan : deuxième pire attaque (un but de plus que Grenoble seulement) et une défense déjà coupable sur 26 buts.

Lors du mercato, les couloirs de l’Etrat (le centre d’entraînement de Saint-Etienne) ont tremblé et la révolution de Palais a eu lieu. Chacun a leur manière, les deux co-présidents Bernard Caïazzo & Roland Romeyer ont repris la main dans un organigramme en plein marasme. Les annonces des mises à l’écart du directeur général (Vincent Tong-Cuong, licencié) et du directeur sportif (Damien Comolli, placé sous tutelle) ont été officialisées en cette fin d’année. Désormais le club fonctionnerait ainsi : un conseil de surveillance (représentant les actionnaires) présidé par Caïazzo et un directoire chargé du domaine sportif, gouverné par Romeyer.

Les noms de Willy Sagnol, ancien international formé au club, ou de Patrick Guillou, ont été cités pour un éventuel retour aux sources. Mais si un homme revient sur le devant de la scène autour de ces bruits de couloirs, c’est surtout Luis Fernandez. L’ex coach du PSG, qui a offert la coupe d’Europe des vainqueurs de Coupes au club de la capitale en 1996, n’aurait jamais été aussi proche du Forez. Problème ? Fernandez est un intime de Caïazzo, et Caïazzo n’est plus censé s’ingérer dans les choses sportives. Et de toute façon, RMC et Orange ne sont pas décidés à lâcher leur « vedette ». « Au début du mois, juste après le départ d'Alain Perrin, j'aurais pu arriver rapidement là-bas. Mais en décidant de maintenir Galtier, le club a rendu les choses beaucoup plus compliquées. Dans cette période, j'ai eu des discussions avec RMC et Orange, qui sont mes deux employeurs. Je ne peux pas en dire plus », a d’ailleurs déclaré Fernandez.

Les récents propos de Caïazzo, pleins de sous-entendus, n’ont pas exactement éclairci la situation : « Galtier est un travailleur, quelqu’un de droit. Le groupe reprochait à Alain Perrin des sorties verbales humiliantes. Roland Romeyer me dit qu'il a l'adhésion des joueurs. Je lui fais confiance. Après, pourquoi Galtier ? On peut se poser la question, mais ce n'est pas ça qui va nous faire avancer... Aujourd'hui, il faut qu'il y ait une seule ligne directrice. C'est le directoire qui choisit et Roland (Romeyer) qui le dirige. Après, Roland est quelqu'un de partage, mais sa position est de donner sa chance à Galtier. »

Ce n’est donc pas demain la veille que Saint-Etienne recouvrera une stabilité bienveillante. Le club finaliste de la C1 1976, recordman de titres de Champion de France (10) n’a plus rien gagné depuis vingt-neuf ans. Une éternité. Aujourd’hui, Saint-Etienne est ironiquement considéré comme la banlieue de Lyon et une nouvelle descente serait vécue comme l’humiliation de trop par le noyau dur du public de Geoffroy-Guichard.

Les Verts ont décidé de tourner le dos à un passé trop encombrant : il y a deux ans, le Sphinx Robert Herbin, vainqueur de quinze des seize titres stéphanois (en tant que joueur puis entraîneur) s’était fait interdire l’accès à l’Etrat. Laurent Roussey, premier coach à avoir reconduit Saint-Etienne en coupe d’Europe, en 2008, a été remercié dès la première crise venue. Jean-Michel Larqué est également persona non grata et ne se prive pas pour déverser son fiel à la radio.

Plus que jamais menacé de relégation, « Sainté » a décidé de faire table rase du prestigieux passé. Pas sur que de telles ruines soient des fondations idéales pour se reconstruire un avenir reluisant.

Strasbourg, le Marseille de l’Est

Selon les dernières nouvelles, d’Alsace, une refonte pourrait voir le jour dans la hiérarchie strasbourgeoise. L’actionnaire majoritaire, Alain Fontenla aurait décidé de licencier Julien Fournier, un président nommé le… 5 décembre. Un mois à la tête du club, Fournier aura manqué d’un cheveu le record du Pape Jean-Paul Ier, décédé un mois et deux jours après son élection en 1978.

La piste la plus chaude mène tout naturellement à Luc Dayan, toujours à l’affût quand il s’agit de récupérer un club à la dérive. Luc Dayan aurait été appelé pour une « mission sauvetage » qui doit durer 4 mois, afin de passer sans encombre le test devant la DNCG le 6 janvier, et de restructurer économiquement et sportivement le club alsacien.

Luc Dayan, comme d’habitude, joue la prudence, refusant d’avancer ses pions. Il se défend de briguer la présidence, et voit sa mission à moyen terme comme une sorte d’audit en vue de la mise en place d’un « processus pour redresser la situation économique et sportive du club ». Il s’est en revanche épanché sur le système de fonctionnement du RC Strasbourg : « ce club, c’est un truc de fou ! Entre la SASP, la holding Euro Racing, la société Racing Investissements et le FC Football Capital Limited, il y a 4 étages différents. C’est la première fois que je vois ça en tout cas : un actionnaire principal qui a toutes les responsabilités, avec une cascade d’actionnaires minoritaires derrière lui ».

Mais la DNCG n’est pas la seule menace pour le champion de France 1979, vainqueur des coupes de France 1951, 1966 et 2001. Le rendement de l’équipe est effroyable. Depuis deux ans, la descente aux enfers confère au destin strasbourgeois des allures de marche funèbre.

Le 1er mars 2008, Strasbourg s’impose au Mans, 1-0, lors de la 27e journée du championnat 2007/2008. Les Alsaciens vivotent tranquillement en milieu de tableau. L’Europe est même en ligne de mire. Ils ne le savent pas encore mais les hommes de Furlan, le coach de l’époque, viennent de signer leur dernier succès en L1.

Le 8 mars, lors de la journée suivante, Strasbourg reçoit le voisin messin, à l’agonie en championnat. A la Meinau, Strasbourg s’incline 2-3, sur un but de N’Diaye à la 88e minute. L’inconcevable camouflet se confirme à Bordeaux (3-0) puis devant Lille (0-1). La série noire se poursuit à Paris (1-0), contre Monaco (0-2), à Valenciennes (2-0) puis face à Lyon (1-2). Strasbourg ne répond plus et accroche le wagon des condamnés que le PSG lui contestait. Strasbourg se noie, coule, et ne fait pas semblant. Lors des quatre derniers matches, Rennes (0-3), Nancy (0-3), Caen (1-4) et Marseille (3-4) infligent quatorze buts à Stéphane Cassard, le portier abandonné. Strasbourg descend sur une note historique et désastreuse : dix défaites de suite.

La saison suivante possède les contours d’un rachat : cinq victoires et quinze points en cinq journées de L2. Strasbourg croit filer vers une remontée immédiate avant d’être inlassablement rattrapé par ses vieux démons. La saison s’achève par une finale à Montpellier, évidemment perdue (1-2) à la Mosson.

Entre ce scénario homérique (deux buts en un quart d’heure, un penalty raté par Cohade, deux barres et deux buts refusés pour Montpellier, une occasion énorme de Traoré, stoppée par Jourdren à la 95e minute), et l’arrangement entre voisins nordistes lors de la 37e journée (victoire suspecte de Boulogne à Lens, 0-1), la fin de saison 2008-2009 est un écueil dont Strasbourg ne s’est toujours pas relevé.

Lors du tour préliminaire de la coupe de Ligue, en juillet dernier, les Alsaciens ont annoncé la couleur d’emblée : défaite à Istres, 6-1 !Depuis : le chaos. Le Racing végète à la 18e place, à deux points de Dijon. Strasbourg est relégable depuis la première journée ou presque. Le National tend plus que jamais ses bras aux protégés de Pascal Janin, qui a rapidement remplacé Furlan en début de saison, sans succès.

Un bon plan, dans un sens. A l’ombre de la troisième division, Strasbourg ne serait pas ennuyé par les grands méchants loups de la DNCG. Et tout le monde pourrait enfin oublier le Racing comme on a oublié Reims, Cannes, Toulon, Brest et tellement d’autres clubs qui ont mis tant d’énergie pour se saborder.

Après avoir emprunté les sentiers de la gloire, Strasbourg trace à présent sa route sur ceux de la perdition. RIP ?

Cédric DROUET

Photos : Boubacar Sanogo (Saint-Etienne) et Nicolas Fauvergue (Strasbourg) ne parviennent pas à enrayer les carences offensives de leurs équipes respectives.

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