7e j. : Marseille perd le Nord

 L'OM est une énigme. Après neuf matches officiels cette saison, personne ne peut véritablement affirmer que cette équipe peut prétendre à un titre hexagonal, ou à jouer un rôle en Champion's League.

Les ambitions avaient pourtant été annoncées par les Marseillais comme par leurs concurrents : c'était écrit, selon certains, Marseille allait écraser ce championnat et la question était de savoir avec combien de points d'avance. Après deux journées et autant de victoires "clean sheets" (2-0 à Grenoble, 1-0 contre Lille), on louait le rouleau compresseur phocéen, si solide derrière et réaliste devant.

Europeangoldfoot avait préféré patienter avant de s'enflammer. Contre Lille, Chedjou a manqué à la dernière seconde une balle d'égalisation qu'il mettra 99 fois sur 100 dans sa carrière. Mais si l'OM avait concédé le 1-1, beaucoup auraient déjà cloué la formation de Deschamps au pilori.

De 1-1 il fut question à Rennes (3e j.), pour le premier vrai test de l'année. Et là encore deux lectures pour ce verdict. L'une, flatteuse, car la domination bretonne fut évidente, avec une tête de Bangoura sur la barre. L'autre, encourageante, car Morientes aurait dû offrir un succès de prestige à l'OM sans un réflexe hallucinant de Douchez.

C'est donc le révélateur bordelais qui confirma les difficultés de Marseille. Bordeaux accrochait au Vélodrome un 0-0 qui dessinait les contours d'une excellente opération mathématique comme morale (4e j.). Le scénario fut l'exact contraire, cependant, de Rennes-Marseille : cette fois ce sont les Olympiens qui touchèrent du bois, deux fois (Brandao et Cheyrou). Mais ce sont les Girondins qui furent près d'arracher la décision sur un but sur corner, assez injustement refusé à Jussie.

La victoire au Mans (2-1) survenait au bon moment. Des occasions en série, du jeu, suffisant pour calmer les détracteurs. Las, le Milan AC allait s'imposer trois jours plus tard au Vélodrome. Deux amours de passes décisives de Seedorf pour Inzaghi. Les Milanais ont beau donner l'impression d'avoir 80 ans, de ne plus avancer, rien y fait. Sur la scène européenne leur palmarès, leur expérience leur donnent toujours un but d'avance avant le coup d'envoi. "N'oublions pas que 90 % de l'effectif était champion d'Europe il y a deux ans, en 2007. le Milan reste le Milan", justifia Deschamps après la rencontre.

Et finalement, face au promu montpelliérain (6e j.) les Marseillais endossaient presque l'habit d'outsider. Peut-être pas le plus inconfortable pour cette formation tellement imprévisible. Après une demi-heure de tergiversations le réveil de l'OM fut cinglant. Tiens donc, il correspond aussi à celui de Lucho. Un but, deux passes décisives plus tard, et le Portugais donna trois buts d'avance à Marseille en un quart d'heure. Score final, 4-2, mais une statistique qui rassure en même temps qu'elle effraie : 4 tirs cadrés, 4 buts. Réaliste, certes. mais quel manque criant de cohérence dans le jeu. Quelle intermittence dans le spectacle proposé : "Je ne suis pas aveugle. Je sais que nous avons eu de la réussite ce soir", déclara Deschamps en écho.

Une inquiétude légitime au vu des deux dernières performances en date. A Nungesser, d'abord lors d'un Valenciennes-Marseille dont le poids de l'histoire, exceptionnellement, fut moins lourd que le sens qu'il apporta au contexte phocéen actuel : Marseille, qui menait 2-1, s'est incliné 3-2 (7e j.).

La visite à Santiago-Bernabeu fut un long calvaire pendant lequel la classe sporadique de Niang et Lucho semblait retarder une inéluctable échéance. Cristiano Ronaldo a marqué puis les nerfs – principalement ceux de Diawara – ont lâché. Deux tacles virils plus qu'incorrect, un penalty concédé sur Ronaldo, transformé par Kaka. Le défenseur de l'OM déjà coupable d'une erreur de jugement sur le premier but, expulsé, ne verra pas le festival de Benzema (trois une-deux sur une même action) qui permit à Ronaldo d'alourdir la sentence (3-0).

La question se pose donc : à qui incombe la faute d'un début de saison qui ne répond pas exactement aux attentes. Didier Deschamps ? Oui et non. Il a eu les recrues qu'il réclamait (Abriel, Lucho, Edouard Cissé, Morientes, Heinze, Diawara et Rool).

Mais dans son schéma de jeu en 4-3-3, Deschamps, malgré la richesse de son effectif, n'a pas comblé le manque au poste d'attaquant droit. Tour à tour Koné, Ben Arfa, puis Valbuena, ont laissé passé leur chance à une place qui paraît maudite sous le maillot marseillais.

Le retour de Lucho, après sa blessure, permet à Deschamps de changer de système : un milieu à quatre, "en losange", avec la star portugaise derrière Niang l'incontournable, et Brandao ou Morientes. Un petit camouflet, tout de même, pour coach Deschamps qui avait fait fructifier le 4-4-2 "classique" lors de sa fabuleuse épopée monégasque en 2004. Avec Rothen à gauche, Giuly à droite, puis Nonda et Morientes (déjà) en attaque.

En effet, ce 4-4-2 en losange, dont Bordeaux (avec Gourcuff en soutien des deux pointes) s'est fait l'apôtre, valide l'idée d'un aveu d'impuissance pour Deschamps. Il s'agit d'un troisième choix et d'un vulgaire plagiat qu'un autre champion du monde 1998, Laurent Blanc, manie avec plus de certitudes dans son club.

La preuve, Bordeaux est déjà installé en tête de son groupe en Ligue des Champions. Bordeaux a obtenu un superbe 1-1 àTurin, contre la Juventus. Surtout, Bordeaux reste sur 21 victoires lors de ses 23 derniers matches officiels ! D'ailleurs, même en match amical, les Girondins restent les patrons : en juillet, les Bordelais avaient battu Marseille (2-1) sur terrain neutre. Anecdotique ? Pas tant que ça.

Aujourd'hui les statistiques prouvent que la tendance amorcée lors de cette rencontre "pour du beurre" se confirme. Pour le moment, Marseille n'est qu'un brillant dauphin qui ne parvient toujours pas à nager dans les eaux du requin carnassier bordelais.

Cédric DROUET   

  

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