Bordeaux-OM dans la tourmente

 La mini-fiche

Stade Chaban-Delmas. 1-1 (mi-temps : 1-0).

But pour Bordeaux : Mandanda (45e, csc bien aidé par Chamakh) ; but pour l’OM : Cheyrou (Benoit, pas celui de Famagouste, 81e).

Carton rouge : Planus (60e). 

 

Le match

Les deux formations livrent une première mi-temps honteusement verrouillée par le frileux dispositif de Didier Deschamps. Abriel et Niang défendent sur les montées de Trémoulinas et Chalmé. Brandao se lamente seul en pointe.

Bordeaux joue à sa main. Si on avait proposé aux deux entraîneurs de se faire des passes dans le rond central pendant 90 minutes, pas certain qu’ils auraient refusé. Manque de pot, sur un centre, l’immense Chamakh, qui n’a pas compris les consignes, va disputer le ballon à Mandanda.

Au dernier moment le Marocain se reprend et enfonce les cotes du gardien de l’équipe de France. Aux innocents les mains pleines, Marouane se dit qu’avec un peu de chance, Monsieur Duhamel sanctionnera son tampon sur le portier phocéen. Mais l’arbitre a visiblement décidé de gâcher la fête. Il accorde le but (45e) !

Laurent Blanc comprend que ses poulains vont devoir subir la furia olympienne. Pourtant, ils ne sont pas au mieux physiquement et le Président le sait. Il l’a vu, contre Rodez, en coupe de France. En plus, Planus commet l’irréparable en donnant l’occasion à l’arbitre de « racheter » son erreur initiale par une autre erreur. Carton rouge discutable, mais carton rouge quand même (60e).

 Blanc fulmine, l’OM s’embrase, les Bleus ciels déboulent de tous les côtés avec les entrées conjuguées des feux follets Valbuena et Ben Arfa. Les Marine et Blanc sont acculés. Carrasso se blesse, Ramé rentre. Il ne pourra rien quand Cheyrou égalisera à bout portant (81e). Un enchaînement superbe du non-Bleu, adepte du genre, et qui ne sait décidément pas ce que « but de raccroc » signifie.

Les observations en vrac

- Le football total pratiqué par certaines équipes lors des fins de match est d’une pure beauté. Quand une formation plonge physiquement, cette saison en L1, elle ne fait pas semblant.

On se souvient du fabuleux dernier quart d’heure de Rennes à Gerland, qui aurait mérité une victoire 3 ou 4 à 1 à Lyon sans une maladresse maladive des Bretons (score final 1-1). Ou de la deuxième mi-temps de Lille contre Lyon encore : mené 1-3, le LOSC avait marché sur l’OL dans la dernière demi-heure (succès 4-3).

Lens, contre Saint-Etienne, a fait craquer un Jérémie Janot à l’usure en décembre dernier : 1-0 sur un penalty volé à la 90e, certes, mais des occasions en pagaille et des attaques incessantes du côté Sang et or. Et n’oublions pas, donc, les vingt dernières minutes de Marseille hier contre dix Bordelais à l’agonie.

Enfin, une fois par millénaire, il arrive que les deux équipes soient dans un même état de fébrilité avec des défenses au supplice et des buteurs touchés par la grâce. Ca s’appelle Lyon-OM, et ça fait 5-5.

- Marseille a vraiment la mémoire courte. Ok, le but de Chamakh est entiché d’une faute. Mais déjà, dans l’esprit, il récompense la première mi-temps de la seule équipe à avoir joué au football. Secundo, c’est un but qui est accordé dix fois sur dix en Angleterre. Tertio, y aurait-il eu le carton rouge qui a permis à l’OM de revenir dans le match si le score avait été de 0-0 ?

Mais surtout, et c’est le plus important, qui se souvient encore du match aller au Vélodrome ou Jussie avait marqué de la tête pour Bordeaux, sur un corner à la dernière minute ? Après une quinzaine de ralentis, aucune trace d’une quelconque faute d’un Girondin sur un Marseillais, et pourtant l’arbitre avait injustement refusé le but. Bordeaux, plus classe, n’avait pas crié au scandale ni dramatisé l’événement.

Au final, Marseille estime qu’il méritait trois points hier. Mais Bordeaux aurait dû les prendre à l’aller. Sur les deux matches, ils s’en sont partagés un chacun. Il aurait mieux valu qu’ils se laissent la victoire à tour de rôle. Au moins, l’OM comme Bordeaux aurait un point de plus à l’heure qu’il est.

- Comme Montpellier, Nice, Rennes, Valenciennes ou Boulogne, l’OM stigmatise encore l’arbitrage en dénonçant les erreurs récurrentes en leur défaveur. Encore faudrait-il prouver sur l’ensemble de la saison de telles affirmations.

Mais, même si ces clubs sont régulièrement lésés ou plus durement sactionnés, ils gagneraient à calmer leurs ardeurs dans les coulisses d’après-match, quand les micros se tendent. Dimanche soir, Mamadou Niang est revenu sur la première mi-temps en livrant à chaud cette analyse corporelle : « L’arbitre de touche, là, il a pas pris ses couilles ». Il y a quelques semaines Bagayoko (OGCN) avait ainsi invectivé l’homme en noir à la sortie du tunnel : « Tu veux faire quoi, me remettre un deuxième rouge ? Faut assumer. Tous les week-end les arbitres, vous faîtes que de la merde, et nous on vous dit rien ».

Alors si certaines cylindrées de L1 se sentent flouées par les référés, les dirigeants devraient balayer devant leur porte. Car on ne peut pas passer son temps à traiter arbitres de « raclure de bidet » (Decourriere à Chapron) ou les adversaires de « petite tarlouze » (Nicollin à Pedretti), et dans le même temps s’attendre au  consentement de la LFP.  

Les réactions

Didier Deschamps (entraîneur de l’OM) : « On a tout pour être frustrés et énervés. On prend un point, je pense que l'on aurait dû en prendre un peu plus. On aurait pu marquer un autre but à la fin mais ce qui me gêne, c'est la manière avec laquelle les Girondins ont marqué.

L'arbitre estime qu'il y a une faute technique de Mandanda. C'est sa vision, l'arbitre peut se tromper, mais c'est à la 47e minute... On n'a pas dans le but un gars qui fait 1m32... C'est Mandanda, et avec les bras, c'est le gardien de l'équipe de France. Je veux bien que Chamakh ait une détente exceptionnelle, mais bon... »

Laurent Blanc (entraîneur de Bordeaux) : « Je suis satisfait. Ce n'est pas un manque d'ambition mais vu les circonstances du match, on aurait d'abord pu payer beaucoup plus cher notre infériorité numérique puis, avec les faits de jeu qui nous ont été défavorables, perdre ce match-là.

On n'a pas pu effectuer les changements prévus et, à dix contre onze, certains joueurs tiraient un peu la langue, dans la mesure où nous n'avions pas non plus pu jouer au Mans. Cela ne nous à pas permis de garder le score, ni de l'augmenter, mais on est allé au bout de nous-mêmes, et on a pris un bon point. »

Mathieu Chalmé (Bordeaux) : « On avait l'ascendant sur cette équipe marseillaise. Ils n'avaient pas frappé une seule fois au but. Après, je me fais expulser et automatiquement la physionomie du match change. Ce n'est pas quelque chose dont je suis fier.

Sur le coup, je pense que Mika est aligné sur la même ligne que moi. Après, entre l'attaquant marseillais et le gardien, il n'y a plus personne. Sur le moment, c'est très compliqué à juger. Je savais très bien qu'en faisant faute, il y avait 90% de chance que je prenne un rouge. Donc je n'ai pas protesté. J'ai juste eu le temps de la faire (la faute) en dehors de la surface. »

Laurent Duhamel (arbitre) : « J’ai fait mon boulot en mon âme et conscience. J'ai la tête haute, je me suis investi à 100%. Je peux me regarder dans une glace. Je ne préfère même pas me défendre.

Si c'est simplement pour faire plaisir à certains en disant que l'erreur est humaine... Je laisse aux spécialistes et aux polémistes le soin d'en parler pendant deux semaines si ça leur chante. »

Hatem Ben Arfa (OM) : « On méritait largement cette victoire. Franchement, ça énerve beaucoup. Une injustice comme ça, c'est difficile à admettre. C'est une grande frustration, c'est vraiment le sentiment qui prédomine.

Tout le monde a vu qu'il y a une erreur... Je ne suis pas là pour accabler l’arbitre, on fait des erreurs nous aussi, c'est humain, mais à un moment donné... Ce n'est pas la première fois que l'on subit des erreurs comme ça. J'espère que tout le monde se remettra en cause ».

C. Dr.

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