Montpellier - Bordeaux : MHSC, un club à part...

Il y avait Findus au cœur des années 1990. En 2009, heureusement, il y a Montpellier. On ne peut compter ni sur Paris, ni sur Lyon pour relancer la L1, successivement étrillés 1-0 par la broyeuse bordelaise. Tous les espoirs se tournent désormais vers notre bonne vieille Paillade, ce petit club de quartier que Louis Nicollin a tiré du monde amateur à grands coups de Francs (puis d’Euros) depuis 1974… « De la DH à l’Europe », comme se plaît à rappeler l’omnipotent président de la première heure, qui succéda au prestigieux SOM (Stade Olympique Montpelliérain) pour devenir le club qu’on connaît.

Un club au passé riche : découverte de l’Elite au début des années 1980, avec Fleury Di Nallo et Michel Mézy sur la pelouse. Descente immédiate. Montpellier-Lyon 1987, barrage mythique à la Mosson. Victoire 3-1 (l’avant-match vu par un certain… Laurent Blanc, adolescent à la chevelure fournie, cliquez sur le lien suivant : http://www.ina.fr/politique/allocutions-discours/video/MOC8707171888/football-avant-le-match-montpellier-lyon.fr.html ).

La montée est suivie d’une saison de rêve. Rien ne résiste à la bande à Julio Cesar, Blanc, Bernardet, Milla. Intraitable à domicile, les hommes de Pierre Mosca infligent des fessées récurrentes aux victimes consentantes de la Mosson : 4-0 à Marseille et Lens, 4-1 à Paris et à Nice, 4-2 à Toulouse et Cannes, 5-0 à Saint-Etienne, 6-1 au Matra et 6-0 à Brest. Promu surprise et détonnant (déjà), il y a 21 ans, Montpellier marchait sur l’eau.

Les années fric constituent une suite logique à l’essor héraultais. En 1990, au Parc des Princes, la vedette Eric Cantona triomphe en Coupe de France, avec Ferhaoui, Blanc, Xuereb, Ayache, Guerin, Rust… 2-1 contre le Matra Racing, et l’Europe ouvre enfin son cœur à Louis Nicollin. Une épopée gravée dans les mémoires marquera le baptême du feu montpelliérain sur le scène continentale. Les champions d’Europe 1988 et 1986, le PSV Eindhoven (0-0, 1-0) et le Steaua Bucarest (5-0, 3-0), font les frais de l’euphorie locale. Puis Manchester United se dressa et Claude Barrabé s’affaissa (1-1, 0-2).

Mais Montpellier recrute lourd (Martini, Der Zakarian, Paille, Valderrama, Ziober, Pickeu, Divert, Asanovic) et grandit. La finale de Coupe de France 1994 (0-3 contre Auxerre) précipite l’éclosion de jeunes pépites issues du centre de formation (Carotti, Bonissel, Alicarte, Lefèvre, Sanchez, Rizzetto). L’amalgame entre les générations fonctionne. Jusqu’à ce fameux soir d’été 1998 au Vélodrome où l’escouade des Gravelaine, Robert, Sauzée et Bakayoko mène 4-0 à la mi-temps avant de s’incliner 5-4 face à l’OM. Le cœur n’y est plus, l’ouragan marseillais a emporté dans son sillage un Montpellier qui a raté le tournant du foot-business.

Un tournant décisif : Marseille-Montpellier (5-4) en 1998 !

Le déclin est inexorable. Vie et mort d’un club :  le MHSC brille une dernière fois en coupe Intertoto (victoire contre Hambourg en finale de l’édition 1999/2000) mais les anciens Nantais (Decroix, Loko, Ouédec, Pedros et Gourvennec) et leurs salaires mirobolants plombent le club. La relégation intervient comme une fatalité en ce début de Millénaire. Deux remontées aussitôt avortées (2001 et 2004) obligent le club à retravailler sur le long terme.

Cinq ans de Ligue 2 se sont écoulés. Le club menacé de National en 2007 s’est reconstruit. Rolland Courbis a mis son cœur et son énergie là ou Laurent Blanc a refusé de mettre la tête… A la faveur d’un sprint final exceptionnel (cinq victoires et un nul), les Montpelliérains sont remontés parmi l’Elite. La victoire finale contre Strasbourg (2-1) n’épargnera pas Coach Courbis d’un séjour à la prison de Villeneuve-les-Maguelones (34) mais il inscrira le bouillonnant dirigeant dans une lignée enviée : celle des entraîneurs qui ont façonné l’histoire du club héraultais.

Avec sa faconde naturelle, il a déjà dû raconté à ses voisins de cellule comment Johann Carrasso s’est blessé six mois en stoppant le penalty de Cohade. Ce jour-là, deux buts ont été refusés à Montano et Compan. Bocaly et Camara ont trouvé le poteau de Cassard. Et à la dernière seconde, Jourdren, qui n’avait plus joué depuis plusieurs mois, a sauvé un duel perdu d’avance devant Kanga Traoré.

Montpellier est un phœnix dont les cendres toutes chaudes se consument encore. Mais c’est surtout, à ce jour, la seule équipe capable de rivaliser avec Bordeaux sur ce championnat 2009/2010.  Un rêve éveillé pour le président Nicollin : « Certains doivent faire une drôle de tête. C’est vrai qu’ouvrir le journal et voir Montpellier 2e, ça fait drôle ! Mais il faut pas trop gesticuler et garder les pieds sur terre, je suis un peu superstitieux. Si on me fait signer pour finir 8e, je signe des deux mains, bien comme il faut, hein ? »…

Cédric DROUET

Photo : Carlos Valderrama, la star colombienne de Montpellier, en Une de France Football au début des années 1990. Amusant, le bandeau en tête de page qui annonce "Bordeaux, la fin d'une époque".

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