Rennes - MHSC : Sylvain et Joris Marveaux, une histoire de famille

En tennis, le père des sœurs Williams est réputé pour « arranger » les rencontres de ces deux filles, Serena et Venus, selon un principe mathématique d’alternance des victoires et des défaites. Il aurait eu cette idée pour « ne pas voir l’une des deux prendre le dessus sur l’autre, et éviter d’avoir à choisir un camp lors de leurs matches ». Et en sport collectif ?

Hier sur la pelouse du Stade de la Route de Lorient, les parents Marveaux n’ont pas pu trancher. Leurs deux fils disputaient une partie décisive pour le haut de tableau de la L1. Joris le Montpelliérain (27 ans) et son cadet rennais Sylvain (23 ans), deux frères métis, nés à Vannes, formés dans le club du quartier de Ménimur, adversaires d’un soir mais très proches dans la vie.

« On s’est gentiment chambrés avant le match, on s’est téléphoné, je crois qu’il veut me faire des petits ponts. On verra ça. Mais Rennes a perdu beaucoup de points et Sylvain m’a dit qu’ils comptaient rattraper une partie du retard ce soir », avouait le Montpelliérain avant le coup d’envoi. Dans les tribunes, Léonard, le papa black, et Michèle, leur maman blonde, attendent fiévreusement le coup d’envoi. Ils savent qu’en cas de victoire, Joris et les coéquipiers peuvent passer en tête de la Ligue 1, pour une première historique.

Un miracle, aussi, pour celui qui fut élu meilleur joueur de L2 il y a deux saisons, avec Clermont, et qui a tellement aidé le MHSC à remonter dans l’élite l’an passé. C’est lui qui a inscrit l’un des deux buts de la « finale » contre Strasbourg, à la Mosson, lors de l’ultime journée (2-1). Sylvain, formé à Rennes, a moins galéré dans sa carrière.

L’heure de la revanche ? Pas encore. Joris cadre le premier tir, certes, mais Douchez capte facilement le cuir. Réponse du tac au tac du frangin, qui tente sa chance aussitôt. Au dessus. Ce n’est que partie remise : 34e minute, Sylvain Marveaux transforme un caviar de Leroy en but. Dans les tribunes, Léonard Marveaux célèbre sans retenue la réussite de son rejeton par une danse exubérante apparemment inspirée par la gavotte, danse bretonne de tradition. Pendant que son mari parade fièrement, son épouse Michèle, en mère stressée, se pince pour y croire. Hommage instantané de l’ancien joueur, Franck Sauzée, au micro d’Orange : « Un but exceptionnel. Il s’emmène le ballon extérieur du pied, puis casse sa course pour feinter le tir, sa cheville est à 45 degrés, et sa frappe enroulée est magnifique. »

Un but qui ne surprend sans doute pas René Girard. Le coach de Joris à Montpellier est aussi celui qui avait lancé le petit frère dans le grand bain international, en 2006, lorsqu’il était entraîneur de l’équipe de France espoir. Avant le match, il s’était symboliquement prêté au jeu des comparaisons : « Sylvain est un super technicien, comme son frère. Ils sont tous deux dotés d’une grosse frappe. Il est cependant plus explosif que Joris, plus dribbleur, de par son petit gabarit. » Des caractéristiques que l’on retrouve sur son but. 

A la mi-temps, Rennes a fait le boulot. Le gaucher breton confie : « On savait que Montpellier attaquerait fort. Sur mon but Jérôme me lance, à une touche de balle. J’ai profité de son super travail ». Modeste, Sylvain ? « Les deux frères ont en commun d’être très polis, posés. Ils sont respectueux des autres, discrets. Sur le terrain ça se retrouve. Ils sont réfléchis et possèdent une grande maîtrise individuelle, je n’ai jamais eu de problèmes d’humeur avec l’un ou l’autre », assure René Girard qui délivre au passage une anecdote savoureuse : « Parfois, même si Joris est plus puissant, j’avoue les confondre. Pendant le stage à Mende, cet été, quand je l’apostrophais, c’était souvent “Sylvain” qui sortait. Mais ça n’arrive plus maintenant », sourit le technicien héraultais.

Un sourire qui disparaîtra au fil du match, tant la domination rennaise se fera de plus en plus pressante. Luis Fernandez, au commentaire, ne s’en laisse pas compter : « Joris Marveaux n’a pas la pression, ce soir il joue juste à l’image de son équipe, avec le frein à main ». Inéluctable, le deuxième but de Sow (49e) éteint rapidement les désirs secrets pailladins. Le promu ne s’emparera pas de la première place. Pas ce soir, en tout cas. Une prestation manquée et assurément beaucoup de regrets pour Montpellier.

Tour à tour Girard et Antonnetti sortent, symboliquement ou non, les deux frangins du terrain. A l’heure de jeu pour Joris épuisé, et crédité d’un match anormalement moyen. 34 ballons joués, 15 perdus, et deux duels gagnés sur les huit disputés. En fin de partie pour Sylvain (88e), qui reçoit les ovations d’un public conquis, fort de ses 40 ballons joués pour neuf pertes, seulement...  Une partition proche de la perfection qui lui vaut le statut d’homme du match à en croire le quotidien L’Equipe, qui l’a noté 8 sur 10. Les deux jeunes hommes ont donc assisté du banc de touche au troisième but, somptueux, de Gyan.

Une fois de plus, dans le duel fratricide des Marveaux, le plus jeune a tiré son épingle du jeu. Comme en Coupe de France, en 2007, lorsque Rennes avait sèchement sorti Clermont (2-0). Dans l’espoir caché qu’un jour Sylvain et Joris arrêtent de se déchirer sportivement et joignent l’affectif au professionnel, René Girard augure : « Je suis un entraîneur qui rêve d’avoir les deux frères dans la même équipe. Un à gauche, un à droite. Mais je ne dois pas être le seul ». Les Marveaux pourraient enfin danser la Gavotte en famille. 

Cédric DROUET

(Photo Philippe Chérel, Ouest France)

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